14.02.20 Antonio de Almeida Mendes, Clément Thibaud, Nicolas Otero, L’esclavage.

Antonio de Almeida Mendes, Clément Thibaud, Nicolas Otero, L’esclavage. Paris, Les Arènes, coll. « Chronologix », 2019, 34 p.

La collection « Chronologix » des éditions Les Arènes publie des livres dont les pages, illustrées par des grands dessins, se déplient en formant une longue fresque historique rythmée par une soixantaine de dates-repères. Le troisième volume de la collection est consacré à l’esclavage.

La première page, intitulée « Être esclave », définit l’esclavage comme condition juridique et le replace dans la gamme des conditions de non-liberté telles que le servage médiéval ou l’engagement colonial. Si la condition servile a existé de tout temps et en tout lieu, le livre est centré sur la grande traite atlantique de la période moderne, qui a mis en relation l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Cette traite est resituée dans la continuité du commerce d’esclaves transsaharien qui a pris son essor avec la conquête du Maghreb par les Arabes au milieu du VIIe siècle et qui, jusqu’au XIVe, a concerné près de 3,5 millions d’hommes et de femmes noirs africains.

La traite atlantique, elle, a été organisée à partir des expéditions d’exploration et de conquête portugaises et espagnoles, d’abord sur les côtes africaines et dans les îles (Açores, Madère, Cap-Vert) au XVe siècle, puis vers les Caraïbes. Les puissances coloniales forment alors un marché capitaliste intégré autour du sucre, de l’or et des esclaves, marché qui se développe surtout à partir du milieu du XVIe siècle et au cours du XVIIe siècle. Durant cette période, l’esclavage et la captivité furent aussi des phénomènes méditerranéens : la guerre de course entre les États chrétiens d’une part, l’empire ottoman et les corsaires d’Alger, Tunis et Tripoli de l’autre, ont produit des flux de captifs et d’esclaves de part et d’autre de la Méditerranée. La particularité de l’esclavage colonial est qu’il a fondé sa légitimité sur la couleur de peau, les peuples noirs étant supposés être voués à la servitude. C’est alors que le mot negro (noir) prend « une nouvelle signification : synonyme d’esclave marchandise et d’être dont l’infériorité associée à la couleur, se transmettrait par voie biologique ». Le nombre d’Africains déportés vers les Amériques est estimé à 12,5 millions, dont près de 70 % à l’apogée de la traite, entre les années 1740 et 1860. Le commerce triangulaire était organisé à partir des grands ports négriers européens, Liverpool et Nantes en particulier. Ses répercussions économiques, politiques et sociales s’étendent sur les trois continents. La seconde partie du livre est consacrée aux combats pour l’abolition de l’esclavage, à partir du milieu du XVIIIe siècle : longue évolution rythmée par des abolitions locales et graduelles, et des retours en arrière tels que le rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises en 1802. La « macule » de l’esclavage survit aux abolitions : le livre fait une part aux combats des Noirs pour la pleine accession à la citoyenneté, ainsi qu’aux formes contemporaines de ségrégation.

Rédigé par Antonio de Almeida Mendes et Clément Thibaud, deux historiens spécialistes des mondes Ibériques et de l’Atlantique, et illustré par Nicolas Otero (Confessions d’un enragé, 2016 ; Morts pour la France – avec Pat Perna, 2018), cet ouvrage offrira aux collégiens et aux lycéens une solide mise au point et une synthèse réussie sur l’esclavage, échappant aux travers de la simplification. Il n’élude pas les sujets difficiles, par exemple sur l’attitude de l’Église (qui, à l’époque moderne, n’était pas plus abolitionniste que les États ou les sociétés européennes), ou encore sur le lien entre système esclavagiste et justifications raciologiques. Il rappelle enfin que ce combat abolitionniste est toujours d’actualité et que les sociétés post-coloniales n’ont pas réussi à surmonter les classements de couleur de peau, qui fondent encore des inégalités de statut et de condition.

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