02.02.20 Mikado d’enfance de Gilles Rozier

Gilles Rozier, Mikado d’enfance, Editions de l’antilope, 2019.

Est-ce l’affaire Yann Moix , qui a éclaté au même moment, qui a mis dans la lumière le roman Mikado d’enfance de Gilles Rozier ? On peut le supposer, car sinon l’ouvrage, bien qu’alerte et agréable à lire, n’aurait pas suscité cette couverture dans des médias grand public.

Le 26 août 2019, le journal L’express publie un article révélant que lorsque Yann Moix était étudiant, il avait participé à la publication d’un journal amateur négationniste.

A titre d’exemple, « Un livre, un jour », France 3, diffusé le 26 septembre 2019 ou encore  « On n’est pas couché », France Télévisions, diffusion le 1er septembre 2019.

Si l’on s’en tient à la couverture, il s’agit d’un roman et grâce au résumé de l’éditeur (qui n’est autre que l’auteur), on apprend que ce dernier a été exclu « de son collège, pour avoir adressé, avec deux camarades, une lettre antisémite à son professeur d’anglais ».

C’est par un mail adressé à l’auteur que débute l’intrigue du roman :

« Je viens d’apprendre qu’en 1975 vous avez dû quitter votre collège pour une affaire d’antisémitisme concernant « un vieux juif » (un certain Monsieur Guez) Quelle surprise ! ».

p. 29.

S’ensuit une plongée dans l’enfance de l’auteur car, dès ce message, nous savons que l’auteur et le narrateur ne font qu’un : prénom, métier, itinéraire sont dévoilés et ne laissent aucun doute. Comme par ailleurs on connait le parcours de l’auteur, spécialiste du yiddish qui a dirigé la maison de la culture yiddish-bibliothèque Medem et enfin créateur de la maison d’édition l’Antilope qui s’est donnée comme mission de rendre compte de la richesse de la culture juive, notre curiosité est largement éveillée.

Comme pour un roman policier, on tourne les pages à la recherche d’une explication : comment faire coïncider l’image de Gilles Rozier avec celle d’un jeune garçon accusé d’antisémitisme ?

En fait, notre curiosité ne sera pas satisfaite et le car le résumé de l’éditeur nous induit en erreur : l’auteur qui n’a, à l’époque des faits, que 12 ans n’a absolument pas commis un acte antisémite. Il n’a fait que fournir l’adresse d’un professeur juif à deux camarades qui ont écrit deux lignes qui elles peuvent être taxées d’antisémites. On n’est même pas sûr que ces enfants, eux aussi âgés de 12 ans, aient vraiment pris conscience de la portée de leur acte. En tout cas l’auteur, lui, ne sait même pas de quoi il s’agit : il n’a pas vu le mot à l’enseignant. Il a simplement juste voulu « se faire bien voir » par ses copains en fournissant un renseignement que lui seul pouvait obtenir. Enfant solitaire qui n’arrive pas à se faire accepter par les autres – en commençant par son frère aîné – il a trouvé ce moyen d’être admis par le clan des élèves « meneurs ».

Si nous restons sur notre faim – aucune explication ne nous est fournie sur les motivations des enfants – le récit de l’enfance de Gilles Rozier est par contre très intéressant. Il nous raconte son enfance bourgeoise de filliste (petit garçon plus attiré par les jeux de filles que par les bagarres viriles, selon la dénomination de son frère), entre un père d’une famille catholique, gaulliste, mais athée et une mère juive ashkénaze, orpheline (son père est mortendeportation) qui ne pratique ni ne transmet aucune bribe de tradition juive. Alors que son père est cadre dans lusine – dans un collège où la plupart des camarades sont des fils d’ouvriers, le jeune Gilles se cherche et cherche une âme sœur. C’est par cette quête d’identité que le récit prend sa véritable force bien loin de l’acte antisémite qu’on nous avait annoncé…

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