21.01.26 « Métissage » et autochtonie en Australie et en Nouvelle-Zélande

Voisines, et similaires à bien des égards, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont adopté aux XIXe et XXe siècles des politiques sensiblement différentes concernant leurs populations autochtones respectives : les Aborigènes et les autochtones des îles du détroit de Torres en Australie, et les Maoris en Nouvelle-Zélande. Si ces deux États avaient pour politique jusque dans les années 1960 d’atteindre une homogénéisation culturelle et « raciale » de la société, la Nouvelle-Zélande a favorisé une forme d’assimilation des Maoris, voyant souvent d’un bon œil les mariages « mixtes », a contrario de l’Australie. Cette dernière avait opté pour une politique de ségrégation, et percevait la naissance d’enfants dits half-caste comme un problème.

Aujourd’hui, les autochtones constituent quelque 3 % de la population d’Australie et 15 % de celle de Nouvelle-Zélande, selon l’auto-identification ethnique des citoyens dans le recensement. Selon les données de 2013, plus de la moitié (54 %) des personnes se définissant comme maories indiquent être d’ascendance ethnique mixte, européenne pour l’essentiel. En Australie, les données du recensement sur l’ascendance des personnes autochtones sont difficilement interprétables, mais elles révèlent que seuls 20 % des enfants autochtones nés depuis 1997 ont des parents qui s’identifient tous deux comme autochtones. Ceux-ci pouvant être eux-mêmes d’ascendance mixte, la quasi-totalité des jeunes Aborigènes sont aujourd’hui métissés. Néanmoins, le terme français de « métis » est sans équivalent usuel dans ces nations, malgré la reconnaissance et la revendication d’identités individuelles et collectives multiples et hybrides.

Australian Bureau of Statistics, « 2016 Census: Aboriginal and/or Torres Strait Islander Peoples QuickStats », https://www.abs.gov.au/census/find-census-data/quickstats/2016/IQS0 (consulté le 5 novembre 2017).

La personne recensée doit indiquer si elle se considère ou non aborigène et / ou autochtone des îles du détroit de Torres, puis séparément cocher une ou deux ascendances. La listes des ascendances inclut «  Australien », « Anglais » ou encore « Chinois », mais pas « autochtone ». La personne peut toutefois en ajouter une manuellement. Au recensement de 2016, 45 % des personnes autochtones ont coché ‘Australien’ et 18 % ont manuellement inscrit « Aborigène australien », mais les données publiées n’indiquent pas si ces personnes ont indiqué une seule ascendance ou bien deux. Ni le pourcentage total de personnes autochtones ayant spécifié une ascendance autre qu’australienne.

Nous nous efforcerons ici de comprendre les regards parfois contradictoires portés par les autorités et les populations de ces États sur le brassage ethnique des autochtones et des blancs au long des XIXe et XXe siècles, et les politiques qui en ont résulté. Il en a découlé, nous le verrons, un débat toujours en cours sur la perméabilité et la pertinence de la définition, ou de l’autodéfinition, du statut d’autochtone aujourd’hui – au croisement de critères phénotypiques, culturels ou généalogiques.

Repères historiques

L’Australie est peuplée depuis au moins 40 000 ans. Au cours des millénaires qui ont précédé l’arrivée des Européens, ses habitants se sont subdivisés en de multiples communautés, aux coutumes et croyances semblables mais parlant des centaines de langues différentes. La Nouvelle-Zélande, à l’inverse, n’est peuplée que depuis le XIIIe siècle de notre ère environ, colonisée par des Polynésiens devenus les Maoris.

Voir par exemple : John M. White, « Reconstructing Aboriginal Economy and Society: The New South Wales South Coast at the Threshold of Colonisation ». Dans P.G Toner (dir.), Strings of Connectedness: Essays in honour of Ian Keen, Canberra : Australian National University Press, 2015, pp.263-286.

Découverts par les Néerlandais au XVIIe siècle, ces territoires n’ont été annexés à l’Empire britannique que bien plus tard. La Couronne britannique a revendiqué l’Australie par segments successifs à partir de 1788. Ce, par un simple processus d’occupation reposant sur l’invocation rétroactive, en 1835, du principe juridique de terra nullius qui nie toute souveraineté autochtone et toute propriété aborigène des terres.

Voir par exemple : Stuart Banner, « Why Terra Nullius? Anthropology and Property Law in Early Australia ». Law and History Review, vol. 23, n°1, printemps 2005, pp. 95-131.

La même année, elle reconnaissait pourtant aux tribus maories la souveraineté sur leurs territoires. En février 1840, la Nouvelle-Zélande est annexée à l’Empire britannique par le traité de Waitangi, qui vise  à instituer un gouvernement colonial pour les quelques centaines d’occidentaux sur place. Ce traité opère un transfert de souveraineté à la Couronne, avec l’accord formel des divers chefs maoris qui, en contrepartie, gardent le droit à leurs terres et obtiennent, au contraire des autochtones australiens, la citoyenneté britannique.

Par la Déclaration d’Indépendance des Tribus unies de Nouvelle-Zélande, proposée à des chefs maoris par le Royaume-Uni lui-même. Pour plus d’informations : Te Rua Mahara o te Kāwanatanga / Archives New Zealand, « He Whakaputanga o te Rangatiratanga o Nu Tireni / The Declaration of the Independence of New Zealand », [https://www.archives.govt.nz/discover-our-stories/the-declaration-of-independence-of-new-zealand].

Documents constitutifs du traité de Waitangi – Archives New Zealand, Creative Commons via Wikimedia Commons

Cette différence de procédure et de traitement reflète notamment une différence significative de degré de civilisation de ces peuples aux yeux des colonisateurs, qui ont interprété et catégorisé les populations océaniennes au prisme de théories raciales développées à partir du XVIIIe siècle. La sédentarité des Maoris, leur pratique de l’agriculture, leurs arts matériels et poétiques, leurs valeurs martiales et leurs techniques de guerre, leur intérêt pour le commerce, leur société hiérarchisée, mais aussi les traits de leur visage, leur peau brun clair et la sonorité de leur langue ont été perçus comme significatifs d’une proximité culturelle et raciale avec les Européens. À l’inverse, les observateurs soulignent la noirceur de peau des Aborigènes, leurs traits dissemblables à ceux des blancs, et leur société jugée primitive, entre nomadisme, nudité, absence d’agriculture, de bâtiments pérennes et de hiérarchisation sociale selon toute norme européenne, désintérêt pour le commerce, préceptes culturels et religieux qui échappent alors à l’entendement des occidentaux. Ces interprétations ont conditionné les politiques appliquées aux autochtones par les autorités coloniales et, par extension, leur réaction aux unions entre autochtones et blancs, et à la naissance de personnes métissées.

Débats autour du métissage

Forgée à partir de la fin du XIXe siècle, l’identité nationale australienne ou néo-zélandaise s’affirme longtemps comme britannique, fondée sur la fierté d’appartenance à un Empire puis à un monde britannique’ post-impérial, coexistant harmonieusement avec la revendication de particularismes nationaux mélioratifs : débrouillardise héritée des pionniers, prouesse sportive, vie saine en plein air ou encore une forme de solidarité et de camaraderie viriles. Tout aussi importante est la volonté, maintes fois répétée par les dirigeants politiques et la presse, d’une homogénéité culturelle et raciale garantie par une politique d’immigration sans ambiguïté.

Elle est aussi due à des raisons plus concrètes, telles que la plus grande capacité manifeste des peuples maoris à résister par les armes à une invasion, et l’absence de motivation britannique pour une conquête armée de la Nouvelle-Zélande.

Les études à ce sujet sont nombreuses, mais voir notamment : Claudia Bell, Inventing New Zealand: Everyday Myths of Pakeha Identity. Auckland, Penguin, 1996.

Un consensus politique se forme à la fin du XIXe siècle pour que l’Australie et la Nouvelle-Zélande soient des pays de l’homme blanc. L’unité de la nation serait préservée par son uniformité. Peu après la naissance de l’Australie fédérale en 1901, le premier ministre Alfred Deakin affirme que les Australiens doivent être « un seul peuple, et demeurer un seul peuple, sans mélange avec d’autres races », car « [l]’unité́ de l’Australie n’est rien si elle n’implique pas une race unie ». En 1922, selon le Haut-commissaire australien au Royaume-Uni, « la possibilité d’un continent à la race pure est devenue une question de fierté nationale unanime ». En Nouvelle-Zélande, les auteurs du recensement de 1921 se félicitent en ces termes : « Du point de vue de la race, la population du Dominion est, et a toujours été, conforme à une haute norme de pureté ; en effet, le maintien d’une norme de population purement européenne ou ‘blanche’ a été invariablement pris en compte dans la législation sur l’immigration ». Pendant plusieurs décennies, ce principe ne fait l’objet d’aucun désaccord politique.

Voir par exemple Anon., « The White Australia Policy », Foreign Affairs, vol. 4, n°1, octobre 1925, p. 101

Alfred Deakin, discours devant le Parlement fédéral, 12 septembre 1901, cité dans Paul Kelly, The End of Certainty: Power, Politics & Business in Australia, St Leonards : Allen & Unwin, 1994, p. 3.

M. L. Shepherd, « White Australia: An Enduring Ideal », lettre à l’éditeur du Times, 7 janvier 1922, p. 6.

Anon., rapport accompagnant les données du recensement de 1921, 6ème partie : « Race aliens », p. 1.

Nouvelle-Zélande : les Maoris entre élévation et assimilation

L’existence même de populations autochtones paraît problématique aux tenants d’une homogénéité raciale nationale. Les autochtones doivent être invisibilisés. Plusieurs approches sont alors envisageables : la ségrégation, l’assimilation biologique et culturelle, ou bien l’attente d’une disparition ‘naturelle’ de populations déjà en déclin démographique important et dont on prédit initialement l’extinction. Or, la classification raciale précise des Maoris suscite des interrogations. Certains invoquent des théories plus ou moins scientifiques pour caractériser les Maoris comme des Européens à la peau sombre, comme Charles Hursthouse, qui, en 1861, qualifie les Maoris de « Scandinaves noirs du sud », estimant que « la familiarité avec les Maoris prouve qu’ils sont moins noirs qu’on ne les a représentés ». Ils ont « beaucoup de choses en commun avec une nation de boutiquiers » – c’est à dire avec les Britanniques. Des missionnaires tels Richard Taylor ou Samuel Marsden font des Maoris un peuple sémite, qui constituerait l’une des « tribus perdues » d’Israël, d’après des observations phénotypiques et linguistiques.

Colon et auteur de certains des premiers ouvrages sur la Nouvelle-Zélande.

Charles Hursthouse, New Zealand, the ‘Britain of the South’, Londres, Edward Stanford, 1861, pp. 37, pp. 142-143.

Philippa Mein Smith, A Concise History of New Zealand,Cambridge, Cambridge University Press, 2005, p. 12.

Maoris vus par John Lubbock, The Origin of Civilisation and the Primitive Condition of Man. Mental and social condition of savages, Londres, Longmans & Co, 1882, p. 98, The British Library @ Flickr Commons via Wikimedia Commons

Une théorie bien plus populaire, toutefois, est celle du « Maori aryen ». Edward Tregear, qui la formule en 1885, fait référence aux « frères nordiques et celtiques » des Maoris, avec le soutien de l’ethnologue Stephenson Percy Smith qui fait remonter les origines des Maoris aux Indes ou au Caucase. Pour l’ethnologue Elsdon Best, « [i]ls semblent être un croisement des types aryen et sémite, et bien des mots de leur langue sembleraient étrangement familiers à des oreilles teutonnes ». Leurs théories s’appuient elles aussi sur des hypothèses dérivées d’observations linguistiques et phénotypiques.

Edward Tregear, The Aryan Maori, Wellington, George Didsbury, 1885, p. 90.

Philippa Mein Smith, A Concise History of New Zealand, op. cit., pp. 12-13.

Elsdon Best, « Wellington in pre-Pakeha days », Journal of the Polynesian Society, vol. 10, n°3, 1901, p. 110.

Une telle notion implique pour les Maoris, rattachés à la race placée au sommet de toute hiérarchisation, un certain statut. Elle appuie le respect de leurs droits en tant que sujets britanniques et justifie leur assimilation à la société coloniale. Elle est largement acceptée par les milieux intellectuels et politiques, et par le grand public, restant consensuelle au moins jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1970 encore, des ouvrages d’histoire à grand tirage soulignent l’ascendance aryenne supposément partagée entre les Maoris et la « race anglo-saxonne », désormais réunis. Les hommes politiques maoris, dans l’ensemble, soutiennent cette idée. Les porte-parole des Maoris – tels l’anthropologue et homme politique Te Rangi Hiroa au début du XXe siècle – font ainsi référence à l’idée du « Maori blanc », originaire du nord de l’Inde et affichant des traits physiques, mentaux et culturels apparentés à ceux des Britanniques, pour réclamer une égalité concrète et réelle, tenter de conserver les terres maories non encore expropriées et financer le développement économique maori. Te Rangi Hiroa se montre favorable au métissage avec les colons en vue d’une fusion parfaitement indifférenciée : « le Néo-Zélandais du futur chez qui les meilleures caractéristiques de la race maorie seront perpétuées à jamais ». Sir Apirana Ngata, Maori et ministre des Affaires maories dans un gouvernement conservateur de 1928 à 1934, imagine lui aussi le « Néo-Zélandais du futur » ayant une couleur de peau homogène et légèrement teintée de brun, fruit d’un métissage complet et harmonieux des populations maories et pakeha (blanches).

James Belich, Paradise Reforged: A History of the New Zealanders from the 1880s to the Year 2000, Honolulu : University of Hawai‘i Press, 2001, p. 208.

Te Rangi Hiroa, Vikings of the Sunrise, New York: Frederick A. Stokes, 1938, p. 8.

Te Rangi Hiroa, « The Passing of the Maori », in Transactions and Proceedings of the New Zealand Institute, vol. 55, 1924, p. 371.

Anon., « The ‘brown tinge’ », The Evening Post, 31 août 1928, p. 11.

Au XIXe siècle, les avis sur le métissage en Nouvelle-Zélande sont encore partagés. En 1865, d’après le journal The Hawke’s Bay Herald, un chef maori reçu par la reine Victoria se plaint « qu’alors que les Maoris sont disposés à donner leurs filles aux Pakeha, les hommes blancs sont moins disposés à donner leurs filles même aux chefs. Sa Majesté répondit gracieusement qu’elle ‘espérait qu’ils les obtiendraient un jour’ ». Le journal exprime, à cette occasion, ses doutes quant aux bienfaits du métissage. Il suggère que les Maoris sont « de facture supérieure » aux noirs américains, et rappelle la théorie des partisans du métissage : qu’il permettrait de « régénérer ou d’améliorer la race blanche » tout en rehaussant les qualités et le niveau de vie des Maoris, et facilitant la coexistence des deux populations. Le journal concède que

Éditorial, The Hawke’s Bay Herald, 14 février 1865, p. 1.

[l]e métis en Nouvelle-Zélande est (physiquement) un excellent spécimen d’être humain, ce à quoi nous pouvions d’ailleurs raisonnablement nous attendre. Les Maoris sont eux-mêmes une race splendide […]. Individuellement, un métis peut être, et est souvent, supérieur à la moyenne d’un grand nombre de personnes blanches, mais il nous paraît impossible de nier que les métis de manière générale sont inférieurs aux blancs dans leur ensemble. Et c’est tout ce que nous souhaitons en dire, car nous ne pouvons considérer qu’il soit probable d’améliorer la race caucasienne en la métissant avec une quelconque branche inférieure de l’espèce humaine

Éditorial, The Hawke’s Bay Herald, 14 février 1865, p. 1.

En 1873, le journal Evening Star rapporte les paroles d’un pasteur qui prévoit avec satisfaction l’absorption entière des Maoris dans la population blanche, produisant à terme « le peuple anglo-saxon futur de ce pays, avec le sang des Maoris dans leurs veines ». L’éducation des Maoris et l’occidentalisation de leurs mœurs, pense-t-il, feront de jeunes hommes maoris cultivés des époux tout à fait acceptables pour des jeunes femmes blanches. Assimilation culturelle et civique et assimilation biologique se renforceraient mutuellement : l’occidentalisation du mode de vie des Maoris et leur réussite sociale et économique dans la société coloniale faciliteraient les mariages mixtes, et réciproquement.

Anon., « Maori miscegenation », The Evening Star, 22 avril 1873, p. 3.

Si la majorité des mariages interethniques en Nouvelle-Zélande au XIXe siècle unissent un homme blanc à une femme maorie, des mariages entre hommes maoris et femmes blanches deviennent relativement courants à partir des années 1870, et sont dans l’ensemble bien acceptés par la société. À l’inverse, les mariages ou rapports sexuels entre Asiatiques et Maoris suscitent l’inquiétude d’organisations dédiées à la préservation de la « race blanche », courantes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. En 1929, le ministre Sir Apirana Ngata demande à ses collègues du gouvernement de protéger les Maoris de la « contamination » asiatique. En 1929 également, une lectrice maorie écrit au New Zealand Herald :

M. P. K. Sorrenson, « Maori and Pakeha », in W. H. Oliver (dir.), The Oxford History of New Zealand, Wellington : Oxford University Press, 1981, p. 192.

Anon., « Our trust for the Maori », The Auckland Star, 19 juillet 1929, p. 6.

Nous avons un devoir […] évident envers nous-mêmes, maoris et pakeha à la fois, d’empêcher notre dégradation raciale par l’assimilation d’Asiatiques – car celle-ci ne peut que nous abaisser. Telle n’est pas la destinée à laquelle nous, les Maoris, aspirons. Si notre destin est de disparaître par assimilation raciale, alors faisons en sorte que ce soit, comme il a été prévu, par une assimilation aux Européens. Le fait que certaines femmes maories et même certaines femmes pakeha dévient de cette louable aspiration devrait être publiquement condamné

Keiha Newton, « Maoris and Asiatics », The New Zealand Herald, 14 novembre 1929, p. 14.

L’idée d’une équivalence raciale des Maoris et des Européens, les plaçant conjointement en position supérieure aux races étrangères, est ainsi bien intégrée par certains Maoris, parmi lesquels des élus maoris. Le métissage, naturel, sain et souhaitable entre pairs, entre des personnes dont les coutumes et l’ascendance raciale seraient déjà apparentées, ne saurait constituer une dégradation pour l’une ou l’autre des parties, comme l’impliqueraient des unions avec des étrangers sur le plan racial, au mode de vie différent et jugé inférieur, comme les Asiatiques. En 1946 encore, une étude portant sur les rapports entre Maoris et immigrés chinois cite une infirmière blanche exprimant un rejet des relations sexuelles entre Chinois, « race de couleur », et Maoris, « comme nous ». Un avis présenté comme communément partagé parmi les citoyens.

Jenny B. J. Lee, « Eating Porkbones and Puha with Chopsticks: Maori-Chinese Constructions », in Manying Ip (dir.), Unfolding History, Evolving Identity: The Chinese in New Zealand, Auckland : Auckland University Press, 2003, pp. 104-105.

Or, si les blancs au XIXe siècle voient dans le métissage un vecteur d’assimilation des Maoris dans la société coloniale britannique, une majorité d’enfants métis sont élevés selon un « mode de vie maori », selon les termes des recensements, à raison de 53,5 % en 1886, pour 46,5 % élevés selon un « mode de vie européen ». Par ailleurs, dans les années 1920, la présupposition d’un déclin démographique terminal et irréversible de la population autochtone, entretemps contredite par les données de recensements successifs, disparaît. En 1929, alors que la population maorie, très majoritairement rurale et tribale, connaît un regain démographique, le journal The Evening Post commente : « [L]a continuation de la race maorie en tant qu’entité distincte est assurée pour de nombreuses générations », mais demeure convaincu d’une fusion des deux populations sur le plus long terme :

M. P. K. Sorrenson, « Maori and Pakeha », in W.H. Oliver (dir.), The Oxford History of New Zealand, op.cit., p. 192.

Jane Stafford et Mark Williams, Maoriland: New Zealand Literature 1872-1914, Wellington : Victoria University Press, 2006, p. 113.

Déjà près de la moitié de la communauté maorie n’est sans doute plus d’ascendance purement maorie, et ne pourra jamais plus contribuer au quota de Maoris pur-sang. Le reste de Maoris de sang pur connaîtra une attrition inévitable à mesure que ses membres, de temps à autre, épousent [des blancs …]. [I]l paraît peu probable que la race puisse survivre à l’infiltration progressive de souche européenne.

Anon., « The Maori race: Will it survive? », The Evening Post, 24 avril 1929, p. 12.

Cette fusion par le métissage est ainsi pensée, sans surprise, comme une absorption des Maoris par la majorité européenne et donc comme une disparition des Maoris peu à peu blanchis, plutôt que comme une substitution des deux populations par un peuple nouveau et métissé, culturellement hybride. En 1928, le journal Otago Daily Times, lui, doute que les Maoris souhaitent s’assimiler pleinement aux Européens, et prédit un déclin du métissage. Il souligne la nouvelle fierté identitaire des Maoris les plus éduqués :

Une absorption passive au sein de la race blanche ne les satisfait pas ; ils cherchent plutôt à promouvoir au sein de leur peuple la flamme d’une conscience et d’une vitalité raciales qui donne une valeur et un sens à leur vie. […] [N]ous voyons un nouvel élan de fierté et d’assertion raciales […] à travers une appréciation constructive de caractéristiques maories […]. Elle s’exprime en pratique par le maintien et la restauration des arts et métiers anciens, ainsi que des anciennes coutumes.

Anon., « Maoris in New Zealand: Experiment in racial adaptation », The Otago Daily Times, 24 novembre 1928, p. 19.

Celle-ci ne remet pas en cause l’intégration des Maoris à la société occidentale de Nouvelle-Zélande. Elle est le fruit d’une élite autochtone influente, éduquée dans les universités aux côtés de compatriotes blancs et soucieux de concilier la participation des Maoris à cette société avec la promotion d’une fierté culturelle autochtone. Celle-ci faciliterait leur épanouissement et leur réussite dans le monde économique des blancs. La disparition des Maoris par le métissage ne serait alors ni probable, ni nécessaire à leur jouissance de droits civiques et d’opportunités économiques dans la société néo-zélandaise dominante.

Australie : un métissage contesté mais fréquent

À la même époque, il n’est pas question d’accorder aux Aborigènes une place d’égaux dans la société blanche d’Australie. Les politiques assimilationnistes tardivement déployées à l’égard d’enfants métis, et appliquées par la force, ne visent nullement à l’assimilation de tous. Les Aborigènes, perçus comme trop primitifs pour pouvoir être civilisés, ne sauraient être tolérés en tant que citoyens noirs, égaux au sein de l’Australie blanche.  Incapables de survivre au contact d’une race supposément plus avancée, ils devraient disparaître d’eux-mêmes. Le « problème aborigène », le problème de leur existence même, pourrait dès lors se résoudre en isolant les survivants jusqu’à ce que leur race expire.

Katherine Ellinghaus, « Absorbing the ‘Aboriginal problem’: controlling interracial marriage in Australia in the late 19th and early 20th centuries ». Aboriginal History, vol. 27, n°1, 2003, p. 186.

Ainsi, « un accroissement constant du nombre de personnes de descendance mixte aborigène et européenne » est perçu comme problématique, d’autant qu’il enraye le déclin démographique naturel des Aborigènes. La naissance de métis australiens résulte des particularismes de la frontier, ces régions rurales reculées, loin des côtes, où la population blanche est très majoritairement masculine. De nombreux célibataires blancs « trouvent des partenaires sexuelles parmi les femmes aborigènes. Certaines unions sont stables et durables, bien qu’elles impliquent rarement une égalité sociale. Les hommes blancs qui épousent ou vivent ouvertement avec des femmes noires risquent l’ostracisme […]. La plupart des liaisons sont brèves ou non suivies ; la prostitution est très répandue, et la coercition est courante ». Lorsque le père ne reconnaît pas l’enfant – cas majoritaire –, celui-ci est élevé par sa communauté autochtone maternelle. L’existence de ces enfants pose à la société australienne un problème identitaire. Il est considéré inacceptable que des enfants de père blanc soient élevés par des noirs, mais presque aussi inconcevable que des personnes de mère noire soient intégrées au monde des blancs. On craint toutefois que ce nombre croissant de métis « ou bien forme une population de couleur toujours plus grande, appauvrie et illettrée, ou bien fusionne avec les Aborigènes de ‘sang pur’ et accroisse le nombre de ces derniers ». Si le métissage ne peut être enrayé, on redoute l’assimilation, en nombre croissant, des métis aux communautés aborigènes. Cela étant, des voix s’élèvent pour suggérer un droit des métis à leur héritage paternel blanc : une place dans la société blanche, jugée préférable à leur absorption par leur communauté maternelle noire.

Myrna E. Tonkinson, « Is It in the Blood? Australian Aboriginal Identity », in Jocelyn Linnekin & Lin Poyer, Cultural Identity and Ethnicity in the Pacific, Honolulu, University of Hawai‘i Press, 1996, p. 203

Ibid.

Ibid., pp. 204-205

Vicki Luker, « The Half-Caste in Australia, New Zealand, and Western Samoa between the Wars: different problem, different places? », Bronwen Douglas et Chris Ballard (dir.), Foreign Bodies: Oceania and the Science of Race 1750-1940, Canberra, Australian National University Press, 2008, p. 314.

Ibid., p. 315.

Comme en Nouvelle-Zélande, les mérites et les conséquences du métissage font débat en Australie à la fin du XIXe siècle et au début du XXe notamment. En 1899, un lecteur écrit au journal The Shoalhaven Telegraph, en Nouvelle-Galles du Sud, pour contester l’opinion selon laquelle le métissage avec les Aborigènes reviendrait à une dégradation des blancs. Rien n’indique, écrit-il, qu’une « nation métissée » serait inférieure sur le plan intellectuel ou moral. La réticence de ses compatriotes face au métissage s’expliquerait par le fait que « l’homme blanc […] croit fermement, et souvent sans y réfléchir, que sa couleur » est un marqueur de supériorité, loin de l’« égalité des couleurs » qu’implique en quelque sorte un mariage mixte. D’autres, en effet, insistent pour différencier les prétendues races humaines, et opèrent une distinction fondamentale entre la situation de la Nouvelle-Zélande et celle de l’Australie. Ainsi le prêtre et universitaire William Inge écrit-il en 1937 au journal The Telegraph, dans le Queensland, pour affirmer :

‘Spectator’, “Miscegenation”, The Shoalhaven Telegraph, 25 octobre 1899, p. 4.

Il ne peut y avoir d’objection aux mariages entre les Britanniques et les Indiens [d’Inde], deux races qui revendiquent une ascendance aryenne. Les métis polynésiens sont souvent de beaux spécimens, et les femmes magnifiques. […] [D]e nombreux insulaires du Pacifique-Sud ont des traits européens […]. Les Maoris de Nouvelle-Zélande, une très belle race […], se reproduisent bien avec les Anglais […]. [Mais] lorsqu’on en vient aux sauvages des plus bas ordres, les aborigènes australiens, […] les Hottentots et les pygmées, il est presque ridicule de suggérer que le métissage devrait être encouragé.

William Inge, « Dean Inge debates the question of mixed marriages », The Telegraph, 21 août 1937, p. 24.

Les Aborigènes sont qualifiés d’intrinsèquement inférieurs pour écarter l’hypothèse d’un alignement de l’Australie sur le modèle assimilationniste néo-zélandais par les mariages mixtes. En 1913, le professeur Baldwin Spencer recommande (sans succès) la ségrégation des Aborigènes du Territoire du Nord dans des réserves, « où l’indigène pourra vivre sa vie toute entière dans son environnement naturel, sans contact avec l’homme blanc » – contact auquel ils ne survivraient apparemment pas. À ses yeux, un métis « a davantage en commun avec ses ancêtres noirs que blancs », et les métis doivent être confinés à ces mêmes réserves, quels que soient leurs souhaits personnels en la matière, aussi toute fusion ou cohabitation des noirs et des blancs serait-elle indésirable et même inconcevable. Cette proposition n’est pas suivie d’effet : les Aborigènes demeurent une main d’œuvre importante dans les grandes exploitations fermières de ce territoire, et les intérêts économiques s’opposent donc à leur exclusion vers des réserves.

Anon., « The native problem », The Sydney Morning Herald, 18 septembre 1913, p. 8.

Aborigène qualifié (ironiquement ?) de « civilisé » par l’ethnographe Carl Lumholtz dans Among Cannibals. An accoutn of four year’s travels in Australia, Londres, John Murray, 1889, 395 p., British Library via Wikimedia Commons

Néanmoins, comme en Nouvelle-Zélande, la présupposition d’une disparition « naturelle » des autochtones par un processus de déclin démographique s’estompe en Australie à partir des années 1920, conjointement au métissage croissant de la population autochtone. Se pose donc la question de la coexistence de populations blanches et noires sur le long terme, les métis constituant presque la moitié de la population indigène en 1935 d’après le Sunday Mail de Brisbane. « Dans certains des États ils sont déjà bien plus nombreux que les noirs, par exemple en Nouvelle-Galles du Sud où ils sont environ huit fois plus nombreux ». Il y aurait donc « un besoin urgent de développer une politique pour cette armée de métis qui croît chaque année ». Le mot « armée » n’est pas anodin, dans cette nation qui a fermé ses frontières dès 1901 par crainte d’un envahissement de hordes supposées de migrants asiatiques. Le journaliste cite des anthropologues qui suggèrent que le « sang aborigène » serait facilement absorbé dans la population blanche, la couleur de peau de leurs descendants devenant totalement blanche en deux générations. Si les métis de première génération, dit-il, peinent à s’intégrer à la société blanche en raison des préjugés des blancs, leurs enfants et leurs petits-enfants y parviennent bien plus facilement. L’interdiction des mariages ou des rapports sexuels entre blancs et noires serait vouée à l’échec, les « sermons » sur le sujet n’ayant apparemment « fait que produire de plus en plus de métis ».

Roy Connolly, « Whither the half-caste », The Sunday Mail, 15 septembre 1935, p. 25.

Ibid.

La population blanche des zones rurales ou semi-désertiques étant toujours principalement masculine, la naissance de métis serait une fatalité. L’intégration par le mariage des métis et des blancs offrirait aux métis la perspective d’un meilleur avenir pour leurs enfants. En 1934, le docteur Cyril Bryan recommande lui aussi à une commission gouvernementale d’Australie-Occidentale, chargée d’étudier le « problème aborigène », de promouvoir le métissage. Il suggère qu’

un mélange des Australiens noirs et blancs, où disparaîtraient peu à peu la couleur noire et les autres caractéristiques physiques qui lui sont associées, adviendrait plus facilement et serait sans doute plus aisément toléré que l’élévation délibérée d’une population noire séparée qui risquerait de durer pour toujours et de soulever un problème similaire à celui auquel sont confrontés les États-Unis aujourd’hui.

Anon., « Australian Aborigines not dying out », The Age, 23 mars 1934, p. 9.

Le métissage apparaît ici comme le vecteur d’une disparition progressive des noirs, tandis que la ségrégation aurait la conséquence inverse. La poursuite de la politique de l’Australie blanche, à la population racialement et culturellement homogène, nécessiterait donc un certain encouragement du métissage. Se référant à des notions de quotas sanguins, il ajoute qu’il convient logiquement de freiner ou d’empêcher la reproduction de métis entre eux ou avec des noirs de « sang pur » :

Pour ce qui est d’un octavon, l’enfant d’un parent blanc et d’un quadron, une telle personne a en elle sept-huitièmes de sang blanc, environ 90 %, et est quasiment une personne blanche pour ce qui est de sa couleur. Il semblerait donc que si nous souhaitons nous débarrasser des métis nous devons tout faire pour les empêcher d’épouser un autre métis de première génération [half-caste], et nous devrions les encourager à […] se reproduire avec un quadron ou même avec un octavon.

Cyril Bryan, cité in Anon., « Half-caste problem: Breeding out the colour », The West Australian, 23 mars 1934, p. 11.

Dans la terminologie de l’époque, un quadron (a quadroon en anglais) est une personne qui a trois grands-parents blancs et un grand-parent aborigène.

Cette proposition eugéniste de contrôle et de guidage des mariages et des naissances vise à obtenir à chaque nouvelle génération des personnes à la peau plus claire que leurs ancêtres aborigènes. Et à faire disparaître à terme les métis en tant que catégorie reconnaissable et quantifiable, par le blanchissement de leur descendance. Les partisans de cette proposition parlent de « breed out the colour », soit « faire disparaître la couleur à travers une reproduction sélective ».

Les politiques menées

L’ère de l’homogénéisation raciale

En 1934, une commission parlementaire en Australie-Occidentale recommande un métissage sélectif et encadré. Les blancs ne doivent pas se reproduire avec des personnes noires ou d’ascendance majoritairement autochtone, quand les métis d’ascendance blanche à 50 % ou plus doivent être encouragés à épouser des blancs de « sang pur » plutôt que d’autres métis. La commission recommande également « une attitude plus tolérante envers les personnes d’ascendance partiellement noire », car celles-ci peuvent être de « mentalité entièrement blanche » malgré des « traits faciaux aborigènes ».

Anon., « Aboriginal problem. Attitude to black ancestry », The West Australian, 19 avril 1934, p. 16.

A contrario, John Bleakley, chargé des politiques aborigènes dans le Queensland, affirme alors que le métissage ne peut aboutir à un blanchiment de la population noire. Pour la majorité des métis, dit-il, « l’appel du sang [est] trop fort pour leur permettre d’être satisfaits en étant séparés du peuple de leur mère, ni d’aspirer à un plus haut degré de civilisation ». Une prédisposition raciale ou culturelle empêcherait leur assimilation, qu’il attribue à l’infériorité intrinsèque supposée des noirs, affirmant que « l’intelligence supérieure et les goûts qu’ils héritent des blancs sont généralement annulés par les instincts rétrogrades des noirs. Ils ne constituent souvent ni un blanc stable, ni un noir heureux ». Dans le même temps, la discrimination dont ils font l’objet de la part de nombreux citoyens blancs, qui refusent d’accorder une place d’égaux à ces métis, constituerait un «  handicap social » pour eux, les poussant de facto à retourner parmi les Aborigènes. John Bleakley  promeut donc l’interdiction formelle des mariages entre blancs et noirs et l’obligation faite aux femmes métisses accusées de « promiscuité » de quitter les villes blanches et de vivre dans les réserves aborigènes, où elles épouseraient des aborigènes ou d’autres métis. Edward Hanlon, ministre de la Santé et de l’Intérieur du Queensland, résume en 1936 la politique autochtone de son gouvernement par les mesures suivantes : interdire les mariages entre les Aborigènes et les blancs, afin d’endiguer la naissance de métis ; encourager les métis à se marier entre eux plutôt qu’avec des blancs ; séparer les quadrons et les octavons de leur communauté aborigène, et encourager leur intégration à la société blanche.

Anon., « Half-caste problem: Black blood call is too strong », The Telegraph, 20 octobre 1933, p. 9.

Anon., « Queensland Aborigines: an increasing birth rate », The Northern Miner, 20 octobre 1930, p. 3.

Edward M. Hanlon, « Making the half-caste into a useful citizen: How the state is solving the problem », The Telegraph, 12 décembre 1936.

À cette date, le gouvernement fédéral australien souhaite toutefois « promouvoir le mariage de blancs avec des aborigènes métis pour éradiquer la souche de couleur ». Une politique qui, pour être diamétralement opposée à celle que pratique l’État du Queensland, est déjà mise en œuvre dans le Territoire du Nord, seul territoire de superficie conséquente sous autorité fédérale directe. Tandis que les mariages entre noirs de « sang pur » et blancs y sont interdits, « [t]outes les tentatives sont mises en œuvre pour faire disparaître la couleur [noire] par le métissage, en élevant les femmes métisses aux normes blanches, afin qu’elles soient absorbées en se reproduisant dans la population blanche ». Les États d’Australie-Méridionale, de Nouvelle-Galles du Sud et du Victoria, eux, n’ont pas de législation encadrant ou restreignant les mariages au début des années 1930. Le nombre d’Aborigènes y est très faible, et les mariages mixtes y sont tacitement approuvés au nom de l’assimilation des métis.

Anon., « Half-castes and whites: Unions not encouraged in Queensland », The Telegraph, 7 juin 1933, p.1.

J.W. Bleakley, The Aboriginals and Half-Castes of Central Australia and North Australia: Report by the Chief Protector of Aborigines, Commonwealth Parliamentary Paper, n°21, 1929, p. 14.

Sophie Verass, « Illegal love », Special Broadcasting Service, 7 avril 2017, sbs.com.au (consulté le 19 novembre 2017).

Toutefois, en 1934, le journal The Advertiser remarque que le souhait du gouvernement fédéral de « décolorer les métis » n’a pas été suivi par les gouvernements des États fédérés. Ceux-là seuls, qui ont interdit le mariage entre blancs métis et ont confiné ces derniers dans des réserves, sont habilités à légiférer en matière de politique autochtone, selon la constitution fédérale. Celle-ci, adoptée en 1901, exclut les Aborigènes du décompte de la population. La loi électorale de 1902, elle, les exclut – métis compris – de la citoyenneté et leur interdit le droit de vote.

La conférence fédérale d’avril 1937, qui rassemble les autorités fédérales et celles des différents États pour concerter et clarifier pour la première fois la politique concernant les autochtones, statue que « le destin des indigènes d’origine aborigène, mais non pas des indigènes au sang pur, est d’être finalement absorbés par les habitants » blancs de l’Australie. Cette décision pose les fondements d’une assimilation dont sont exclus les noirs au « sang pur », censés ne jamais avoir de place dans la société australienne. Une politique de ségrégation doit être poursuivie à leur encontre. Implicitement, par ailleurs, la politique d’assimilation s’applique aux femmes plutôt qu’aux hommes. Le sort des jeunes hommes métis est passé sous silence : s’il n’est pas jugé souhaitable qu’ils épousent une femme noire, il demeure inacceptable qu’ils épousent une femme blanche. Les filles sont ainsi retirées à leurs mères, frères et sœurs plus fréquemment que les garçons, étant élevées par des missionnaires ou des familles d’adoption blanche pour devenir les épouses d’Australiens blancs.

Aboriginal Welfare, Initial Conference of Commonwealth and State Aboriginal Authorities, Canberra: Government Printer, 1937, p. 3.

Vicki Luker, « The Half-Caste in Australia, New Zealand, and Western Samoa between the Wars », in Bronwen Douglas et Chris Ballard (dir.), Foreign Bodies, op. cit., p.316.

John Gardiner-Garden, « From Dispossession to Reconciliation », Social Policy Group, Parliament of Australia, Parliamentary Library, 29 juin 1999, aph.gov.au (consulté le 19 novembre 2017).

Ce projet d’eugénisme à l’échelle nationale échoue à faire disparaître les Aborigènes – sur le plan biologique, culturel ou autre –, et constitue un désastre sur le plan humain. Au total, quelque 100 000 enfants sont ainsi saisis afin d’être assimilés, sans pouvoir un jour retrouver leurs mères. À l’issue de ces traumatismes, l’assimilation est un échec. Sommés d’adopter le mode de vie des blancs, les métis ne bénéficient ni des mêmes droits, ni des mêmes opportunités que les autres Australiens. Peu formés, ils subissent de plus une discrimination systématique dans l’accès à l’emploi et au logement, et s’entassent bien souvent dans des logements de fortune péri-urbains, demeurant littéralement en marge de la société blanche.

Bringing Them Home: Report of the National Inquiry into the Separation of Aboriginal and Torres Strait Islander Children from Their Families, Canberra, Human Rights and Equal Opportunity Commission, 1997, p. 23.

Len Smith et Janet McCalman, « Fractional Identities: The Political Arithmetic of Aboriginal Victorians », The Journal of Interdisciplinary History, vol. 38, n°4, printemps 2008, p. 538.

En Nouvelle-Zélande, les autorités mènent dès le XIXe siècle une politique d’assimilation à visée relativement égalitaire. Les Maoris voient leur nationalité britannique confirmée par le Native Rights Act de 1865, qui réaffirme leur égalité en droits et en devoirs. Leur assimilation passe par les écoles indigènes (native schools), établies dès 1867. La même année, leur droit de vote, censitaire depuis 1852, devient universel masculin, et quatre sièges leur sont réservés à la Chambre des représentants. Les femmes maories obtiennent, comme les femmes blanches, le droit de vote en 1893. Au début du XXe siècle, une minorité de Maoris obtiennent des diplômes universitaires, deviennent hommes d’affaires prospères, prêtres dans des communautés majoritairement blanches, membres des All Blacks, députés et même ministres ; tous les gouvernements à partir de 1892 ont des ministres maoris.

Cela n’empêche pas des discriminations d’ordre privé, et même institutionnelles. Voir par exemple R. J. Walker, « The genesis of Maori activism ». The Journal of the Polynesian Society, vol. 93, n°3, septembre 1984, pp. 267-281.

Les Maoris pouvaient également scolariser leurs enfants dans les écoles majoritairement blanches. M.P.K. Sorrenson, « Maori and Pakeha », in W. H. Oliver, The Oxford History of New Zealand, op. cit., p. 191.

Ces députés maoris sont élus exclusivement par les Maoris. Les Maoris qui remplissent les conditions du suffrage censitaire peuvent de ce fait voter deux fois : sur la liste dite générale (celle des hommes suffisamment fortunés, sans distinction ethnique) et sur la liste maorie (celle de tous les hommes maoris, sans condition de ressources).

Aux yeux des autorités, l’assimilation passe en partie par le métissage. Ainsi dans les années 1910 le ministre des Affaires indigènes William Herries se « réjoui[t] à l’idée que, d’ici une centaine d’années, nous n’aurons plus de Maoris du tout, seulement une race blanche avec un léger zeste de la meilleure race de couleur du monde ». Leur parenté raciale supposée avec les blancs empêche toute controverse politique. En 1919, lorsque l’homme politique George W. Russel affirme fièrement que les Néo-Zélandais sont britanniques à « 98,12 % », ce chiffre précis inclut les Maoris (qui composent 6 % de la population), alors même que la notion de britannicité en Nouvelle-Zélande s’appuie sur des conceptions raciales. Au même moment, les autorités australiennes déclarent que leur pays est britannique à plus de 95 %, mais ce chiffre est obtenu en excluant les Aborigènes du recensement.

Cité in James Belich, Paradise Reforged, op. cit., p.190.

G. W. Russell, New Zealand Today: ‘A Priceless Gem in the Imperial Crown’, Christchurch, G.W. Russell, 1919, p. 115.

L’élite politique maorie des années 1890 aux années 1920 approuve cette perspective dans l’ensemble, et participe aux gouvernements qui la mettent en œuvre. À partir des années 1930 toutefois, la nouvelle génération de députés maoris appartient au mouvement Ratana, qui prône une identité maorie distincte, unifiée et rénovée, récuse l’assimilation et souhaite forger une unité culturelle maorie moderne et pan-tribale. En 1935, Ratana s’allie au premier gouvernement travailliste et promet aux Maoris la pleine égalité économique – les allocations de chômage, les aides à l’achat de logement et la sécurité sociale alors mises en place s’appliquent aux Maoris comme aux Pakeha – sans la perte de leur identité spécifique. Dans le même temps, les autorités ne récusent pas la notion d’une fusion des populations maorie et blanche par le mariage, d’autant que celle-ci leur paraît encore inévitable. Les mariages mixtes deviennent plus fréquents encore à partir des années 1950, en raison d’une urbanisation maorie à grande échelle.

Roger C. Thompson, « Britain, Germany, Australia, and New Zealand in Polynesia », in HOWE, K.R. Howe, Robert Kiste et LAL, Brij Lal, Tides of History: the Pacific Islands in the Twentieth Century, Honolulu: University of Hawaii Press, 1994, p. 87.

Garçons maori et pakeha en cours de natation à Auckland, photographiés par G. Riethmaier, 1970 – Archives New Zealand, Flickr via Wikimedia Commons

L’ère du multiculturalisme

Dans les années 1960 se développent dans les deux pays d’importants mouvements de revendications autochtones, fruits d’une affirmation d’identité maorie ou aborigène partagée, au-delà des appartenances tribales ou locales, autour d’intérêts communs. Certains Aborigènes et Maoris s’inspirent du mouvement Black Power aux États-Unis, prônant une identité noire et la nécessité d’une autonomie autochtone. L’idée d’une nation blanche homogène est ébranlée : les Aborigènes rappellent qu’ils n’ont pas disparu, tandis que les Maoris refusent de se fondre discrètement dans une population indifférenciée.

Roger Bell, « ‘Race’ / Ethnicity », in Robert Bell et Philip Bell (dir.), AmericaniZation and Australia, Sydney : University of New South Wales Press, 1998, p. 87.

Les Aborigènes obtiennent le droit de vote en 1962 (près d’un siècle après les Maoris), suivi par l’abrogation en 1967 de la disposition constitutionnelle les excluant du recensement. Les autorités renoncent progressivement à la « politique de l’Australie blanche », ouvrent le pays à l’immigration non-européenne, abrogent en 1961 les lois réglementant le mariage des Aborigènes, et cessent à la fin des années 1960 d’enlever les enfants métis à leur mère autochtone.

Manifestation avec drapeaux aborigènes à Melbourne le 26 janvier 2020, jour de fête nationale dénommé Australia Day, ou Invasion Day par ses détracteurs – julian meehan, Flickr, Creative Commons via Wikimedia Commons

En 1972, le gouvernement cesse de chercher l’assimilation culturelle des autochtones, désormais libres de pratiquer leurs coutumes ancestrales. Trois ans plus tard, le Racial Discrimination Act rend illégale toute discrimination fondée sur la « race ». Le terme de « multiculturalisme », emprunté au Canada, fait sa première apparition majeure en politique australienne en 1973, sous la plume du ministre de l’Immigration Al Grassby. Il argue que l’image nationale doit refléter sa diversité ethnique, et insiste sur la « place d’égaux » que doivent y avoir les Aborigènes.

Al Grassby, A Multi-Cultural Society for the Future, Canberra, Australian Government Publishing Service, 1973, pp. 2-3.

En Nouvelle-Zélande, il n’est pas officiellement question de « multiculturalisme ». En 1975 est établi un Tribunal de Waitangi, afin de faire respecter les principes du traité par lequel la Couronne britannique avait pris possession de la Nouvelle-Zélande en 1840. Y était notamment prévue la protection des taonga maori – terme entendu au sens de « trésors culturels ». À l’État incombe l’obligation de garantir la pérennité de la culture autochtone. En conséquence, la langue maorie devient une langue officielle de Nouvelle-Zélande en 1987, protégée par la création de « nids de langue » (kohanga reo), des écoles maternelles où l’éducation se fait uniquement en maori. Des fonds publics sont consacrés à la rénovation de marae, les centres communautaires tribaux ou pan-tribaux. Le terme de « biculturalisme » est promu par les gouvernements néo-zélandais des deux bords à partir des années 1980. En 1985, la nomination du Maori Sir Paul Reeves au poste de Gouverneur-général – chef d’État de facto – souligne la notion d’un partenariat biculturel au cœur de la nation. Pour autant, Maoris et Pakeha ne sont pas deux populations distinctes, près de la moitié des Maoris à cette époque épousant un ou une Pakeha.

Michael King, The Penguin History of New Zealand, Auckland, Penguin, 2003, p. 486.

Sir Paul Reeves, premier Gouverneur général maori de Nouvelle-Zélande, inspecte la garde d’honneur de la Royal New Zealand Navy, entre 1985 et 1990 – New Zealand Government, Office of the Governor General, Creative Commons via Wikimedia Commons

L’ouverture des deux pays à l’immigration, notamment asiatique, aboutit à une transformation rapide et profonde de ces sociétés. Dans les années 2010, le quart des personnes qui y résident sont nées à l’étranger ; près de la moitié des Australiens et des Néo-Zélandais ont au moins un parent né à l’étranger. Ces populations ne sont plus simplement blanches et autochtones, comprenant d’importantes communautés originaires d’Asie et des îles du Pacifique.

Les deux pays reconnaissent aujourd’hui le statut d’autochtonie des Aborigènes et des Maoris, ces derniers étant considérés comme tangata whenua – le peuple de la terre. Ce statut en Nouvelle-Zélande et l’invalidation de la fiction de terra nullius par la Haute Cour en Australie en 1992 leur donnent notamment droit à la reconnaissance de leur propriété collective – et non plus seulement individuelle – de leurs terres coutumières. Mais les deux pays ont adopté une définition légale du statut individuel d’autochtone. En Nouvelle-Zélande, le Maori Affairs Amendment Act de 1974 dispose que toute personne ayant des ancêtres maoris, même éloignés, peut se considérer comme maorie. En Australie, le ministère des Affaires aborigènes statue en 1981 qu’« un Aborigène ou un Insulaire du détroit de Torres est une personne d’ascendance aborigène ou insulaire du détroit de Torres qui s’identifie comme aborigène ou insulaire du détroit de Torres et qui est acceptée comme telle par la communauté dans laquelle elle vit ». Comme en Nouvelle-Zélande, donc, une personne ne peut légalement être considérée comme aborigène que si elle le souhaite, et son ascendance peut être mixte et diffuse, à condition que sa « communauté » la reconnaisse. Des générations de métissage dans les deux pays rendent l’auto-identification des personnes concernées potentiellement fluide et flexible, mais ont également soulevé des questions parfois controversées quant à la définition usuelle ou acceptée de l’autochtonie.

Australian Law Reform Commission, rapport n°96, Sydney, Southwood Press, 2003, p. 915.

Identités et métissage au XXIe siècle

Traditionnellement, dans les tribus (iwi) maories, l’identification s’opère par le biais de la whakapapa (généalogie), reliant chaque membre de l’iwi aux ancêtres fondateurs et spécifiant leurs relations réciproques. Dans cette perspective, l’identité maorie n’est pas ethnique mais généalogique ; une personne est maorie si elle peut se référer à des ancêtres tribaux, quels que soient les autres éléments de son ascendance. Mais, selon une étude réalisée en 2011, 71 % des personnes maories interrogées considèrent que l’identité maorie repose sur la culture, les coutumes ou le mode de vie, et 48 % sur la couleur de peau et l’apparence physique. Seuls 25 % estiment qu’elle relève de l’ascendance, et 20 % qu’elle serait le fait de liens de parenté et d’affiliations tribales. Un glissement s’est donc opéré, vers la considération de critères culturels, ethniques et phénotypiques plutôt que généalogiques et tribaux. Ce phénomène n’est pas inattendu, étant donné la détribalisation de nombreux Maoris en cours depuis plus d’un demi-siècle. Ces populations s’urbanisent, quittant les terres et les villages tribaux, tandis que s’opère un brassage intertribal et interethnique, y compris sur le plan marital.

Sarah Howard et Robert Didham, Ethnic intermarriage and ethnic transference amongst the Maori population: implications for the measurement and definition of ethnicity, Statistics New Zealand, 2007, p. 1.

Paul Callister, « Skin colour: Does it matter in New Zealand? », Policy Quarterly, vol.4, n°1, 2008, p. 19.

Dans les sociétés néo-zélandaise et australienne, qui se veulent diversifiées, multiculturelles et multiethniques, la notion d’appartenance ethnique est devenue prééminente. À la suite des bouleversements socio-économiques liés aux politiques néolibérales des années 1980 dans les deux pays, le groupe ethnique « représenterait un antidote aux tensions créées par […] la dépersonnalisation et la déshumanisation du lien social ». Selon Philippe Poutignat et Jocelyne Streif-Fénart, il manifesterait, contre cette forme d’aliénation déstructurante et d’individualisme, « un désir d’ancrage des personnes et des unités plus petites et plus primordiales que celles des structures sociales bureaucratiques et culturellement syncrétiques ». Le multiculturalisme australien ou néo-zélandais, promu au moment même où l’État se désengageait de ses responsabilités sociales, fait apparaître l’ethnie, au caractère culturel clair, comme un meilleur refuge identitaire que la nation « syncrétique ». Dans l’imaginaire populaire, l’identité ethnique ou raciale aurait une objectivité incontestable, héritée de naissance, confirmée par sa visibilité phénotypique. Ceci serait vrai non seulement des minorités, mais d’une partie de la majorité anglo, tentée par le souvenir d’une certitude identitaire ‘raciale’ exclusive.

Philippe Poutignat et Jocelyne Streif-Fénart, Théories de l’ethnicité, Paris, Presses universitaires de France, 1995, p. 85.

Or, si l’auto-identification ethnique de minorités culturelles est valorisée, le métissage des autochtones confère à nombre d’entre eux une gamme de choix d’auto-appellation et d’appellation de leurs enfants. Une étude du début du XXIe siècle révèle ainsi que 70 % des enfants de père maori et de mère pakeha sont décrits par leurs parents comme maoris et européens à la fois,  ; 24 % sont considérés par leurs parents comme simplement maoris et 6 % comme simplement européens. Pour les enfants de père pakeha et de mère maorie, ces nombres sont respectivement de 65 %, 25 % et 9 %. Des données complexifiées par le fait que lesdits parents peuvent être eux-mêmes métis, ce qui influencerait dans certains cas leur choix d’appellation de leurs enfants. En outre, ces derniers n’en restent pas nécessairement, en grandissant, à la vision qu’avaient leurs parents de leur identité ethno-culturelle. Néanmoins, ces chiffres suggèrent une volonté significative de transmettre une forme d’identité maorie à des enfants métissés. Pour le dire autrement, « de nombreuses familles continuent de valoriser l’ethnicité maorie même lorsque leurs enfants pourraient potentiellement être classifiés comme faisant partie du groupe dominant, non-maori ». L’identité maorie est revendiquée par des personnes à la peau blanche ou très claire, pour qui cette identité constitue un choix. Elle paraît donc socialement valorisée, ou bien chargée d’une valeur affective pour les personnes concernées, ou encore leur fournir une forme de stabilité identitaire structurante dans une société souvent décrite comme déstructurée, morcelée ou individualisée.

Sarah Howard et Robert Didham, Ethnic intermarriage and ethnic transference amongst the Maori population, op.cit., p. 13.

Paul Callister, Robert Didham et Deborah Potter, Ethnic intermarriage in New Zealand, Statistics New Zealand, 2007, p. 22.

Panneau de signalisation pour une marae, Wellington, Nouvelle-Zélande – Wainuio, Creative Commons via Wikimedia Commons

De la même manière, dans une Australie qui promeut depuis les années 1970 le multiculturalisme et valorise les cultures et l’identité des autochtones et des minorités, l’auto-identification comme half-caste (métis) chez les personnes d’ascendance partiellement aborigène tombe en désuétude. Cette appellation est alors souvent perçue comme un déni de l’identité autochtone des concernés. Ceux-ci s’efforcent de redécouvrir l’histoire et les coutumes de leur communauté, après avoir dû taire leurs origines face aux discriminations systématiques et dissuadé leurs enfants de se percevoir comme aborigènes. Dans le même temps, bon nombre de personnes métissées affirment désormais « une identification autochtone première ».

Vicki Luker, « The Half-Caste in Australia, New Zealand, and Western Samoa between the Wars », in Bronwen Douglas et Chris Ballard (dir.), Foreign Bodies, op.cit., p. 325.

Les mouvements de revendication et de fierté aborigènes à partir des années 1960 et le climat politique nouveau ont peu à peu changé cette perspective. Ainsi, bien que 54 % des Aborigènes (métis compris) en ce début de XXIe siècle aient un conjoint ou une conjointe sans ascendance aborigène, le nombre de personnes s’identifiant comme autochtones lors des recensements croît de manière significative depuis la fin du XXe siècle : de 386 000 en 1996 à 512 000 en 2006 et 649 000 en 2016. Cela révèle une forte tendance au choix – voire à la revendication – de cette auto-appellation chez des personnes d’ascendance mixte, à la peau très souvent blanche, coupées depuis parfois plusieurs générations des coutumes, des connaissances et des terres de leurs ancêtres aborigènes. À l’inverse de leurs parents ou de leurs grands-parents, des Australiens perçus comme blancs demandent ainsi à être identifiés comme aborigènes. Ainsi de l’artiste australienne Bindi Cole, qui se décrit comme « Aborigène mais blanche », indiquant ne pas venir d’une « communauté reculée » :

Toni O’Loughlin, « Mixed marriage rates rise in Australia », The Guardian, 6 avril 2009, theguardian.com (consulté le 21 novembre 2017).

Bindi Cole, citée in Caroline Overington, « Not so black and white », The Australian, 24 mars 2012, theaustralian.com.au (consulté le 21 novembre 2017).

Ce terme (« remote community ») est employé de manière standardisée pour qualifier les communautés autochtones de régions isolées, dans la brousse ou dans l’outback, et n’est pas considéré comme péjoratif.

La diversité de la société australienne contemporaine, le brassage ethnique et la valorisation publique des expressions identitaires minoritaires via la politique du multiculturalisme ont ainsi ouvert la possibilité d’une gamme de choix d’auto-identification, souvent selon des critères d’ascendance déconnectées de caractéristiques phénotypiques, voire de pratiques culturelles.

Paul Callister suggère qu’une société comme celle de la Nouvelle-Zélande, marquée à la fois par sa grande diversité ethnique, par un fort métissage et par la reconnaissance d’un statut d’autochtonie des descendants de ses premiers habitants, peut être parcourue de courants contradictoires. D’une part, « la division des populations en groupes nettement distincts est de plus en plus problématique », ce qui pourrait mener à « une société post-ethnique où les affiliations ethniques deviennent de plus en plus une question privée, importante pour certaines personnes mais pas pour d’autres ». D’autre part, la reconnaissance de droits communautaires liés notamment à un concept d’autochtonie « continuera d’accentuer l’importance de créer et de maintenir des frontières ethniques ». Cette contradiction demeure irrésolue, et donne lieu à des désaccords publics quant à la légitimité d’affirmations identitaires ethniques.

Paul Callister, « The Construction of Ethnicity and ‘Belonging’ in New Zealand: Where We Have Come From and Where We Might be Going », The Journal of New Zealand Studies, n°10, janvier 2002, p. 132.

Si les autochtones ont notamment des droits à la terre et à une représentation spécifique au Parlement, certains conservateurs récusent l’idée d’une identité maorie distincte. Les millions de dollars versés en compensation à des tribus dont les terres avaient été expropriées suscitent, au début de ce siècle, la colère d’une partie de l’opinion publique. En 2004 Don Brash, dirigeant du Parti national, déclare lors d’un discours très controversé que l’interprétation contemporaine du traité de Waitangi divise la nation, car elle soulignerait une différence artificielle entre blancs et Maoris. Considérant qu’il n’y a plus de « Maoris de sang pur » (full-blooded Maori), et donc implicitement plus de Maoris qui ne puissent également se considérer comme blancs, il ajoute : « Je pense qu’il est clair aujourd’hui que la plupart des Néo-Zélandais en ont assez d’être gavés de force avec le biculturalisme, et de le voir enfoncé dans la tête de leurs enfants. La culture maorie prospèrera si les gens – les Maoris et les non-Maoris – lui accordent de la valeur ». Elle ne doit donc plus être subventionnée et promue par l’État. Le philosophe conservateur Denis Dutton déclare lui aussi qu’« il n’y a plus aucun Maori de race pure en Nouvelle-Zélande ». À ses yeux, toute distinction entre Maoris et non-Maoris est donc infondée à l’heure où  70 % des personnes de moins de 37 ans qui se disent maories épousent des non-Maoris. Ces perspectives visent à délégitimer les affirmations identitaires maories, suggérant que les métis attachés à leur condition d’autochtones exprimeraient une identité hypocrite, minimisant leur ascendance blanche. L’histoire du métissage aurait ainsi produit une population simplement néo-zélandaise, dont l’homogénéité ou l’unité culturelle et identitaire serait à nouveau souhaitable. Un débat relancé en 2010, lorsque le député Hone Harawira indique à un journaliste qu’il se sentirait « mal à l’aise » si l’un de ses enfants souhaitait épouser une personne non-maorie. Les commentateurs s’interrogent alors une nouvelle fois sur la pertinence d’auto-identifications ethniques exclusives au sein d’une société fortement métissée.

Don Brash, « Don Brash Responds to his Critics », Parti national, 29 mars 2004, national.org.nz (consulté le 19 novembre 2017).

Denis Dutton, « Equality Before the Law Stands Before Race », New Zealand Herald, denisdutton.com, 4 mars 2004 (consulté le 19 novembre 2017).

Alice Te Punga Somerville, « A hysterical turn to ‘race’ in New Zealand », The Guardian, 13 août 2010, theguardian.com (consulté le 19 novembre 2017).

En Australie, le journal conservateur The Australian souligne en 2012 que « la décision que prend une personne de s’identifier comme aborigène est d’intérêt public, […] puisque les Aborigènes ont droit à un ensemble d’aides financières », telles que des bourses d’études qui leur sont réservées. Ceci rend contentieuse l’auto-identification de certains métis comme autochtones. Les personnes à la peau blanche, dénuées de toute attache culturelle et familiale aborigène et qui se considèrent publiquement aborigènes, suscitent les critiques d’Australiens autochtones et non-autochtones à la fois. Certains Aborigènes estiment ouvertement que « seuls ceux qui parlement la langue, dansent la danse, et vivent sur leur propre terre sont véritablement aborigènes ; et que ceux qui vivent sans connaissance de ce mode de vie portent simplement une étiquette, souvent par autopromotion ». Le critère retenu par ces communautés qui résident sur leurs terres ancestrales associe fermement l’identité aborigène à un ensemble de connaissances et de pratiques coutumières – auxquelles de nombreux métis n’ont pas accès, ne pouvant savoir de quelle communauté autochtone précise leurs parents, grands-parents ou arrière-grands-parents ont été retirés de force pendant leur enfance.

Alice Te Punga Somerville, « A hysterical turn to ‘race’ in New Zealand », The Guardian, 13 août 2010, theguardian.com (consulté le 19 novembre 2017).

Caroline Overington, « Not so black and white », The Australian, op. cit.

L’universitaire tasmanien Greg Lehman, dont la grand-mère avait un grand-père aborigène, et qui se présente uniquement comme aborigène, explique :

Je pense que mon histoire peut être typique de personnes qui ont dû découvrir leur ascendance aborigène par elles-mêmes. Je ne savais pas qu’il y avait du sang aborigène dans ma famille avant mes dix ans, parce que ma grand-mère n’en parlait pas. Mais il faut comprendre pourquoi : elle est née en 1899 […]. Les années 1920, quand elle a commencé à avoir des enfants, étaient une période d’assimilation intense. […] J’imagine que son point de vue était : ‘On ne doit pas parler de ce genre de choses ; il faut qu’on disparaisse’. […] Quand les gens me demandent, ‘Mais pourquoi dites-vous que vous êtes aborigène, alors ?’, je réponds simplement que cette lignée est celle qui fait sens pour moi.

Greg Lehman, cité in ibid.

Ce témoignage rappelle la difficulté pour les personnes métissées de renouer avec une identité culturelle ancestrale dont la transmission a été interrompue par les politiques publiques menées durant les XIXe et XXe siècles. Si le fait d’avoir des ancêtres autochtones est aujourd’hui valorisé par certains Australiens blancs, il peut aboutir simplement chez eux à une nouvelle auto-catégorisation ethnique plutôt qu’à un quelconque changement de mode de vie ou de pratiques culturelles.

Conclusion

Jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont visé à se constituer en sociétés homogènes, tant sur le plan ethnique ou phénotypique que culturel. En Nouvelle-Zélande, la conviction d’une assimilabilité des Maoris a conduit les autorités à vouloir intégrer pleinement ceux-ci dans la société majoritaire, et à voir d’un bon œil les mariages mixtes et le métissage. En Australie, la perception des Aborigènes comme constituant une « race noire » rendait le métissage bien plus controversé. À l’issue de débats autour de propositions contradictoires, la politique appliquée de manière harmonisée des années 1930 aux années 1960 a finalement constitué en la ségrégation des « noirs » combinée au rapt institutionnel d’enfants métis (principalement de filles), pour aboutir à leur absorption dans la société australienne blanche par le mariage. Les victimes de cette pratique sont aujourd’hui appelées les « Générations volées ». Dans les deux pays, la majorité des personnes d’ascendance autochtone au XXIe siècle ont également une ascendance européenne, tandis qu’y naissent aussi depuis quelques décennies des personnes de parenté à la fois autochtone et asiatique ou océanienne.

L’abandon des politiques d’assimilation et la promotion d’une identité nationale multi-ethnique et multiculturelle depuis les années 1970 a facilité l’expression d’une fierté identitaire autochtone déjà émergente, ainsi que de revendications de droits spécifiques résultant d’un statut d’autochtonie. Les personnes métissées opèrent désormais leur autodéfinition dans le cadre d’une gamme de choix, plus ou moins libre en fonction de leur couleur de peau : une personne à la peau blanche mais d’ascendance maorie ou aborigène peut se présenter publiquement comme blanche, autochtone ou bien comme étant d’identité mixte, et un nombre croissant revendiquent une identité aborigène ou maorie. Cette liberté relative fait toutefois de cet espace de choix identitaire un espace contesté, où les critères d’auto-qualification, pourtant clairement définis en principe, sont aujourd’hui sujets à controverse.

Orientation bibliographique

Aboriginal Welfare, Initial Conference of Commonwealth and State Aboriginal Authorities, Canberra, Government Printer, 1937

Anon., « Aboriginal problem. Attitude to black ancestry », The West Australian, 19 avril 1934, p. 16

Anon., « Australian Aborigines not dying out », The Age, 23 mars 1934, p. 9

Anon., « Half-caste problem: Black blood call is too strong », The Telegraph, 20 octobre 1933, p. 9

Anon., « Half-caste problem: Breeding out the colour », The West Australian, 23 mars 1934, p.11

Anon., « Half-castes and whites: Unions not encouraged in Queensland », The Telegraph, 7 juin 1933, p. 1

Anon., « Maori miscegenation », The Evening Star, 22 avril 1873, p. 3

Anon., « Maoris in New Zealand: Experiment in racial adaptation », The Otago Daily Times, 24 novembre 1928, p. 19

Anon., « Our trust for the Maori », The Auckland Star, 19 juillet 1929, p. 6

Anon., « Queensland Aborigines: an increasing birth rate », The Northern Miner, 20 octobre 1930, p. 3

Anon., « Romantic marriage of a European woman with a Maori », The New Zealand Herald, 12 mars 1877, p. 7

Anon., « The ‘brown tinge’ », The Evening Post, 31 août 1928, p. 11

Anon., « The Maori race: Will it survive?  », The Evening Post, 24 avril 1929, p. 12

Anon., « The native problem », The Sydney Morning Herald, 18 septembre 1913, p. 8

Anon.,  »The White Australia Policy », Foreign Affairs, vol. 4, n°1, octobre 1925, pp. 97-111

Australian Bureau of Statistics,  »2016 Census: Aboriginal and/or Torres Strait Islander Peoples QuickStats », https://www.abs.gov.au/census/find-census-data/quickstats/2016/IQS0

Australian Law Reform Commission, rapport n°96, Sydney, Southwood Press, 2003

BANNER Stuart, « Why Terra Nullius? Anthropology and Property Law in Early Australia », Law and History Review, vol. 23, n°1, printemps 2005, 233 p., pp. 95-131

BELICH James, Paradise Reforged: A History of the New Zealanders from the 1880s to the Year 2000, Honolulu, University of Hawai‘i Press, 2001

BELL Claudia, Inventing New Zealand: Everyday Myths of Pakeha Identity, Auckland, Penguin, 1996

BELL Roger, «  ‘Race’ / Ethnicity », dans Robert Bell et Philip Bell (dir.), AmericaniZation and Australia, Sydney, University of New South Wales Press, 1998, 282 p., pp. 81-86

BEST Elsdon, « Wellington in pre-Pakeha days », Journal of the Polynesian Society, vol. 10, n°3, 1901, 190 p., pp. 107-165

BRASH Don, « Don Brash Responds to his Critics », Parti national, 29 mars 2004, national.org.nz

Bringing Them Home: Report of the National Inquiry into the Separation of Aboriginal and Torres Strait Islander Children from Their Families, Canberra, Human Rights and Equal Opportunity Commission, 1997

CALLISTER Paul, « Skin colour: Does it matter in New Zealand? », Policy Quarterly, vol. 4, n°1, 2008, 61 p., pp. 18-24

CALLISTER Paul, « The Construction of Ethnicity and ‘Belonging’ in New Zealand: Where We Have Come From and Where We Might be Going », The Journal of New Zealand Studies, n°10, janvier 2002, 186 p., pp. 115-137

CALLISTER Paul, DIDHAM Robert et POTTER Deborah, Ethnic intermarriage in New Zealand, Statistics New Zealand, 2007, 73 p.

CONNOLLY Roy, « Whither the half-caste », The Sunday Mail, 15 septembre 1935, p. 25

Éditorial, The Hawke’s Bay Herald, 14 février 1865, p. 1

ELLINGHAUS Katherine, « Absorbing the ‘Aboriginal problem’: controlling interracial marriage in Australia in the late 19th and early 20th centuries », Aboriginal History, vol. 27, n°1, 2003, 302 p., pp. 183-207

GARDINER-GARDEN John, « From Dispossession to Reconciliation », Social Policy Group, Parliament of Australia: Parliamentary Library, 29 juin 1999, aph.gov.au

GRAHAM George, « Asiatics and Maoris », The Auckland Star, 27 août 1929, p.6

GRASSBY Al, A Multi-Cultural Society for the Future, Canberra, Australian Government Publishing Service, 1973, 15 p.

HANLON Edward M., « Making the half-caste into a useful citizen: How the state is solving the problem », The Telegraph, 12 décembre 1936

TE RANGI HIROA, « The Passing of the Maori », Transactions and Proceedings of the New Zealand Institute, vol. 55, 1924, 884 p., pp. 363-375

TE RANGI HIROA, Vikings of the Sunrise, New York, Frederick A. Stokes, 1938

HOWARD Sarah et DIDHAM Robert, Ethnic intermarriage and ethnic transference amongst the Maori population: implications for the measurement and definition of ethnicity, Wellington, Statistics New Zealand, 2007

HURSTHOUSE Charles, New Zealand, the ‘Britain of the South’, Londres : Edward Stanford, 1861, 519 p.

INGE William, « Dean Inge debates the question of mixed marriages », The Telegraph, 21 août 1937, p. 24

KELLY Paul, The End of Certainty: Power, Politics & Business in Australia, St Leonards : Allen & Unwin, 1994, 758 p.

KING Michael, The Penguin History of New Zealand, Auckland, Penguin, 2003

LEE Jenny B. J., « Eating Porkbones and Puha with Chopsticks: Maori-Chinese Constructions », dansIPManying (dir.), Unfolding History, Evolving Identity: The Chinese in New Zealand, Auckland, Auckland University Press, 2003, 304 p.

LUCKER Vicki, « The Half-Caste in Australia, New Zealand, and Western Samoa between the Wars: different problem, different places? », dans DOUGLAS Bronwen et BALLARD Chris Hugh (dir.), Foreign Bodies: Oceania and the Science of Race 1750-1940, Canberra, Australian National University Press, 2008, 352 p., pp. 307-338

MEIN SMITH Philippa, A Concise History of New Zealand,Cambridge, Cambridge University Press, 2005, 307 p.

NEWTON Keiha, « Maoris and Asiatics », The New Zealand Herald, 14 novembre 1929, p. 14

O’LOUGHLIN Toni, « Mixed marriage rates rise in Australia », The Guardian, 6 avril 2009, [en ligne :] https://www.theguardian.com/world/2009/apr/06/aborigines-australia-marriage (dernière consultation le 21/01/2026)

OVERINGTON Caroline, « Not so black and white », The Australian, 24 mars 2012, [en ligne :] https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://www.theaustralian.com.au/weekend-australian-magazine/not-so-black-and-white/news-story/fdd20b76f728c77d6118bf1afa0e9a64&ved=2ahUKEwjck9OTqJySAxX9T6QEHaIREKEQFnoECBoQAQ&usg=AOvVaw1gvrNkJ3jWfEgdwZvjf0Nt (dernière consultation le 21/01/2026)

POUTIGNAT Philippe et STREIF-FÉNART Jocelyne, Théories de l’ethnicité, Paris, Presses universitaires de France, 1995, 270 p.

RUSSELL G. W., New Zealand Today: ‘A Priceless Gem in the Imperial Crown’, Christchurch : G.W. Russell, 1919, 332 p.

SHEPHERD M. L., « White Australia: An Enduring Ideal », lettre à l’éditeur du Times, 7 janvier 1922, p. 6

SMITH Len et McCALMAN Janet, « Fractional Identities: The Political Arithmetic of Aboriginal Victorians », The Journal of Interdisciplinary History, vol.38, n°4, printemps 2008, 648 p., pp. 533-551

SORRENSON M. P. K., « Maori and Pakeha”, dansOLIVER W.H. (dir.), The Oxford History of New Zealand, Wellington, Oxford University Press, 1981

‘Spectator’, “Miscegenation”, The Shoalhaven Telegraph, 25 octobre 1899, p. 4

STAFFORD Jane et WILLIAM Mark, Maoriland: New Zealand Literature 1872-1914, Wellington : Victoria University Press, 2006, 755 p., p. 141-166

TE PUNGA SOMERVILLE Alice, « A hysterical turn to ‘race’ in New Zealand », The Guardian, 13 août 2010, [en ligne :] https://www.theguardian.com/commentisfree/2010/aug/13/new-zealand-maori-intermarriage (dernière consultation le 21/01/2026)

THOMPSON Roger C., « Britain, Germany, Australia, and New Zealand in Polynesia », dansK.R. Howe, Robert Kiste et Brij Lal, Tides of History: the Pacific Islands in the Twentieth Century, Honolulu: University of Hawaii Press, 1994, 475 p.

TONKINSON Myrna E., « Is It in the Blood? Australian Aboriginal Identity », dansLINNEKIN Jocelyn & POYER Lin (dir.), Cultural Identity and Ethnicity in the Pacific, Honolulu, University of Hawai‘i Press, 1996, 315 p., pp. 191-218

TREGEAR Edward, The Aryan Maori, Wellington : George Didsbury, 1885

VERASS Sophie, « Illegal love », Special Broadcasting Service, 7 avril 2017, sbs.com.au

WALKER R. J., « The genesis of Maori activism ». The Journal of the Polynesian Society, vol. 93, n°3, septembre 1984, 339 p., pp. 267-281

WHITE John M., « Reconstructing Aboriginal Economy and Society: The New South Wales South Coast at the Threshold of Colonisation », dans TONER P. G. (dir.), Strings of Connectedness: Essays in honour of Ian Keen, Canberra, Australian National University Press, 2015, 336 p., pp. 263-286

Pour citer cet article

Adrien Rodd, « ‘Métissage’ et autochtonie en Australie et en Nouvelle-Zélande », Revue Alarmer, mis en ligne le 21 janvier 2026, https://revue.alarmer.org/metissage-et-autochtonie-en-australie-et-en-nouvelle-zelande/

retour
enregistrer (pdf)

Pour aller plus loin