Le 22 janvier 2026, János Lázár, alors ministre hongrois des Transports dans le gouvernement de Viktor Orban, déclarait : « s’il n’y a pas de migrants et que quelqu’un doit bien nettoyer les toilettes dans les trains, alors il faut taper dans les réserves internes », ciblant nommément les Roms, minorité représentant 7 % de la population du pays. « Les électeurs hongrois ne sont pas vraiment enclins » à « récurer les toilettes dégueulasses des trains », justifia-t-il, avant de s’excuser par la suite.
Joël Le Pavous, « Politique. Face au racisme d’un ministre, les Roms de Hongrie manifestent avec des brosses à WC », Courrier international, 2 février 2026, [en ligne :] https://www.courrierinternational.com/article/politique-face-au-racisme-d-un-ministre-les-roms-de-hongrie-manifestent-avec-des-brosses-a-wc_240092 (dernière consultation le 26/01/2026)
Si une telle désignation des Roms comme une main-d’œuvre corvéable renvoyée à la saleté choqua pour son caractère injurieux, elle ne fut pas la première de ce genre. À travers l’Europe, la minorité rom reste, plus de 80 ans après le génocide qui la visa, la victime fréquente d’un racisme décomplexé. Cette hostilité envers les peuples tsiganes, ou antitsiganisme, semble rester dramatiquement courante et largement ignorée des mobilisations et législations antiracistes.
Michael Stewart est professeur d’anthropologie à l’University College London (UCL) et auteur d’une thèse sur la minorité rom dans la Hongrie socialiste, soutenue en 1987 à la London School of Economics. La Revue Alarmer l’a interrogé pour mieux saisir l’histoire et les ressorts de l’antitsiganisme.
Propos recueillis par Alban Wilfert.
Roms, Tsiganes, Sinti, Manouches… Autant de termes courants, rarement définis, et qui semblent se confondre. Au fond, parle-t-on d’une population, ou de plusieurs ? Comment les nommer ?
La question se pose bel et bien, au vu de la particularité de l’histoire des peuples tsiganes.
Dans le monde moderne, nous tenons pour acquis que l’humanité est divisée en « peuples » distincts, chacun possédant sa propre langue, sa culture et – idéalement – un territoire où il peut réaliser ce que l’on pourrait appeler sa « nature nationale ». Les États-nations ont réussi à créer et à institutionnaliser des peuples, forgeant des cultures relativement homogènes (et des langues standardisées) à partir de l’extraordinaire diversité du monde prémoderne. Ce rôle moteur de l’État-nation a été mis en évidence par les sciences sociales depuis les années 1960, concernant notamment de la standardisation des langues nationales que nous parlons aujourd’hui. Ces États-nations enseignent le plus souvent d’ailleurs à leurs citoyens que leurs communautés nationales sont l’expression naturelle d’un groupe ethnique historiquement profond, biologiquement continu et unique. Toutes les nations fonctionnent ainsi et se copient mutuellement, même si certaines sont plus ouvertes que d’autres à l’assimilation d’éléments « étrangers ».
Or les Roms n’ont jamais disposé de leur propre État-nation, ni de quoi que ce soit d’équivalent, et n’ont donc pas été homogénéisés de la même manière que la plupart des autres Européens. Dans ce contexte, les populations que les sociétés majoritaires désignent sous le terme générique de « Tsiganes », mais qui utilisent pour elles-mêmes une grande diversité d’ethnonymes, ne correspondent pas au cadre habituel. En Roumanie, par exemple, les Roms se désignent comme Rom, Romungri, Bǎieși, Lǎutari, Kelderari, mais aussi par des noms de grandes familles, comme les vastes communautés Gábor de Transylvanie centrale. En France, on trouve les appellations Rom, Manouches, Gitans, Gens du voyage, ainsi que de nombreux patronymes familiaux. Il est sans doute plus juste de concevoir cet ensemble comme une mosaïque de familles et de communautés interdépendantes.
Sur la modernité de la culture ethno-nationale, voir Ernest Gellner, Nations et nationalismes, Paris, Payot, 1989, 208 p. Sur la copie modulaire des formes et des symboles de la culture nationale, voir Benedict Anderson, L’imaginaire national : Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2006, 216 p., et Simon Harrison, Fracturing Resemblances: Identity and Mimetic Conflict in Melanesia and the West, New York/Oxford, Berghahn Books, 2006, 190 p. Pour un regard extérieur sur la construction de la France moderne, voir Graham Robb, Une histoire de France par ceux qui l’ont faite, Paris, Buchest-Castel, 2023, 544 p.

La reproduction des formes sociales, culturelles et communautaires roms à travers le monde moderne obéit donc à des logiques très différentes de celles d’autres groupes ethniques plus familiers, et les modes de vie des populations roms sont assez divers. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existerait pas de « peuples roms ».
Dès lors, comment caractériser les peuples roms ?
Tout d’abord par la langue romani. Depuis le début du XVIIIᵉ siècle, on sait que son lexique et sa syntaxe trouvent leurs racines essentielles dans les familles linguistiques parlées dans le nord de l’Inde il y a plus d’un millénaire. Les travaux linguistiques les plus récents suggèrent cependant que la langue romani s’est constituée dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Anatolie, sous l’influence du grec et d’autres langues. En Europe, elle s’est ensuite divisée en deux grands ensembles dialectaux : un occidental, parlé en France, en Allemagne et autrefois en Grande-Bretagne, et un ensemble oriental, aujourd’hui répandu dans le monde entier. Le romani s’apprend principalement au sein de la famille, mais une langue peut aussi s’apprendre : les structures familiales roms permettent une intégration relativement aisée de ceux qui épousent un membre du groupe et rejoignent la communauté linguistique. Cependant, les familles roms n’ont jamais eu leurs propres dirigeants politiques ou religieux et ont toujours vécu dispersées parmi des populations majoritaires dont elles parlaient aussi les langues. Pourtant, au fil des siècles, elles ont continuellement affirmé leur altérité et leur distinction. Le lieu central de cette reproduction sociale a été la famille élargie, ce qui explique la structure en mosaïque de la culture rom à travers l’Europe et au-delà.
En effet, l’un des aspects les plus déroutants de cette histoire est que, dans de nombreux pays européens, on constate que les locuteurs romani apparaissent soudainement à certaines dates (comme à Colmar en 1418 et à Paris en 1427) et qu’à cette époque, ils lisent déjà l’avenir aux habitants locaux, ce qui signifie, bien entendu, qu’ils parlent la langue locale. Il y a donc certainement quelque chose de surdéterminé dans « l’arrivée » de ces familles. Ce moment ne serait-il pas mieux caractérisé comme une découverte ou une désignation plutôt que comme une arrivée ? Voir Henriette Asséo, Les Tsiganes : Une destinée européenne, Paris, Gallimard, 1991, 160 p.
La clé de cette capacité à maintenir une forme de vie spécifique au sein d’ordres sociaux dominants et étrangers réside, selon moi et d’autres anthropologues, dans une aptitude particulière à instaurer une distance — émotionnelle et culturelle — vis-à-vis de la société majoritaire. Dans cet espace ainsi dégagé, le monde peut être réinterprété selon des termes propres. Comme l’écrivait Patrick Williams à propos des Mānuš français :
Ils vivent dans le monde des Gadjé (non-Mānuš), et non pas seulement “dans le même monde que les Gadjé”. En coexistant avec les Gadjé, ils s’en détachent pour prendre une distance qui fait que, précisément, ils deviennent Mānuš, et les Gadjé, Gadjé.
Patrick Williams, « Nous, on n’en parle pas » : Les vivants et les morts chez les Manouches, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1993, 110 p.
Ignorer la diversité de ces mosaïques roms, ou prétendre qu’il existerait un unique « peuple rom » – au même titre que l’on parle des « Allemands » ou des « Français » – constitue en soi une forme de négligence, voire peut-être déjà une forme de préjugé anti-rom. Parler simplement des « Roms » revient à nier le droit et la capacité des peuples roms d’Europe à constituer des communautés singulières, et à exiger qu’ils rejoignent tous la grande procession des nations européennes.

Des institutions telles que la Commission européenne, ou diverses organisations privées engagées socialement comme les fondations Soros ou Ford, souhaitent intervenir au nom des « Roms » pris dans leur ensemble – et non au nom de groupes particuliers – et, de manière compréhensible, recherchent des leaders « roms » capables de s’exprimer au nom de « tous les Roms ». Deux ou trois générations d’intellectuels roms ont consacré des décennies d’efforts considérables à tenter de faire aboutir ces projets. Mais, du point de vue des sociologues – qui ne sont pas engagés dans un projet politique visant à la création d’une « nation rom » –, l’ensemble de ces programmes contribue à produire ce qui demeure, au moins en partie, une entité illusoire.
La persistance des populations roms à travers l’Europe pose également un défi à nos catégories habituelles de compréhension sociologique et anthropologique, tant les manières dont elles vivent au sein de sociétés qui sont les leurs – sans pour autant leur appartenir pleinement – sont diverses. Les centaines de milliers de Gitans espagnols, par exemple, ne parlent plus le romani depuis plusieurs siècles, mais peuvent néanmoins, dans certains contextes transnationaux, se sentir liés de manière complexe aux Roms kelderash de Suède ou aux Manouches de France. Ils sont aujourd’hui les dépositaires de l’une des contributions roms majeures aux cultures européenne et mondiale : les traditions musicales vivantes du flamenco et du canto profundo.
Patrick Williams, « Nous, on n’en parle pas » : Les vivants et les morts chez les Manouches, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1993, 110 p.

En Grande-Bretagne, les descendants des anciens locuteurs roms continuent de se désigner comme gypsies ou travellers et, pour la plupart, vivent de manière nomade en caravanes, même s’ils ne parlent plus le romani. À l’inverse, de nombreux Roms hongrois, polonais, slovaques et roumains arrivés en nombre au Royaume-Uni depuis 1989 parlent le romani, mais aucun ne vit en caravane ni n’adopte un mode de vie nomade.
Dispersées au sein des populations majoritaires, mais dotées d’un fort sentiment d’identité et d’estime de soi, les populations roms ont ainsi reproduit leurs identités et leurs communautés d’une manière en quelque sorte « invisible », ou « sous le radar », de leurs sociétés d’accueil, sans écoles pour enseigner leur « histoire », sans dirigeants pour les représenter, et sans les appareils bureaucratiques – des musées aux passeports – qui soutiennent habituellement le sentiment moderne d’identité ethnique.
Qu’a-t-on reproché aux peuples tsiganes à travers l’Histoire ?
La diversité même des modes de vie roms a engendré des types variés de conflits entre les populations roms et leurs sociétés d’accueil, ainsi qu’une large gamme de politiques et de discours anti-roms. Tous ces conflits et discours ne relèvent pas nécessairement d’une xénophobie européenne profonde et inévitable.
Le plus pernicieux de ces discours est peut-être celui qui affirme qu’il n’aurait jamais existé, en Europe, ni moment ni lieu où les Roms auraient été accueillis et perçus comme des membres appréciés de communautés rurales ou urbaines socialement et culturellement diverses. Certains travaux avancent soit l’idée d’une distinction raciale primordiale apparaissant inévitablement dès que des Roms sont présents, soit, à l’inverse, considèrent que la niche instable et marginale des formes de vie roms traditionnels produirait nécessairement l’étiquette d’« asocialité ». Dans les deux cas, ces cadres interprétatifs sont présentés comme historiquement transcendants et plus ou moins immuables, compte tenu de la nature de la société moderne ou capitaliste.
Margaretha Matache, The Permanence of Anti-Roma Racism: (Un)uttered Sentences, Londres, Routledge, 2026.
Voir respectivement Lesia Pahulich (« Racialization of Roma, European Modernity, and the Entanglement of Empires », dans Critical Romani Studies, vol. 8, n° 1, 2025, 273 p., pp. 40-61. DOI https://doi.org/10.29098/crs.v8i1.204) et Roswitha Scholz (Homo Sacer et les « Tsiganes » : L’antitsiganisme, Réflexions sur une variante essentielle et pourtant « oubliée » du racisme moderne, Albi, Crise et Critique, 2020, 140 p.), pour qui le « Tsigane » est une catégorie nécessaire dans la modernité « parce-que ‘la loi’ a structurellement toujours eu besoin de l’absence de loi en-dehors d’elle-même : et donc elle a eu besoin ‘du Tsigane’ » (161).

Ces textes contemporains font écho à des écrits plus anciens dans lesquels on peut lire que les Roms « furent d’abord perçus avec une crainte mêlée de pitié, puis avec méfiance et suspicion. Ils ne furent jamais tolérés et durent partout repartir peu après leur arrivée. Dès que les populations apprirent à mieux les connaître, ils furent persécutés avec dureté et cruauté, et déclarés hors-la-loi ». Ou encore : « Aucun pays au monde n’était disposé à accepter volontairement les Tsiganes. Tous les pays et toutes les municipalités refusèrent d’accueillir les Tsiganes qui leur étaient imposés et les renvoyèrent de l’autre côté de la frontière dès que l’occasion se présentait ». Ces deux citations sont issues de la littérature de la « science raciale » produite en Allemagne dans les années 1930, dont l’objectif était de présenter les Roms comme étrangers aux sociétés européennes et fondamentalement incompatibles avec celles-ci.
Robert Ritter, « Zigeuner und Landfahrer », in Der nichtseβhafte Mensch: ein Beitrag zur Neugestaltung der Raum- und Menschenordnung im Großdeutschen Reich, Munich, Beck, 1938, 466 p., p. 75 et « Die Zigeunerfrage and Das Zigeunerbastardproblem », Fortschritte der Erbpathologie, Rassenhygiene und ihrer Grenzgebiete, Leipzig, Georg Thieme-Verlag, 1939, n°3, pp. 2-20.
Il est également vrai que la manière dont les archives sont constituées rend difficile la remise en cause de cette approche pessimiste. Les archives conservent les traces des conflits, des litiges et des procédures judiciaires, mais la coopération et les arrangements informels qui caractérisent la vie quotidienne d’une population semi-itinérante en marge de la société laissent très peu de traces documentaires. Or, la présence de familles depuis de nombreuses générations dans des régions telles que l’Alsace et la Lorraine, le sud-ouest de l’Allemagne ou les collines de Transylvanie – où tout indique que les familles ont conservé les mêmes circuits et les mêmes villages d’hivernage pendant des siècles – constitue en soi une preuve de cohabitation durable avec les populations majoritaires. Partout, on observe également des mariages mixtes et des échanges de population, les communautés roms incluant volontiers – contrairement aux idées reçues – des personnes extérieures ayant épousé des membres du groupe, à condition qu’elles s’engagent à respecter les coutumes communautaires.
Au début de l’époque moderne en Europe, bien que les familles roms fussent loin d’être la seule population mobile, l’existence de familles de « gens sans maître », parlant une langue étrangère, présentant une apparence jugée « étrangère » ou exotique, et voyageant avec une liberté de circulation relativement importante par rapport aux travailleurs attachés à la terre, était souvent perçue comme une menace pour l’ordre social. Peu après l’apparition, à la fin du XIVᵉ siècle et au début du XVᵉ siècle, de ces « étrangers » parlant le romani dans de nombreux pays d’Europe occidentale, ils furent officiellement déclarés hors-la-loi – parfois, en Allemagne au début du XVIIIᵉ siècle, sous peine de mort. Ainsi, en 1725, Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, ordonna la pendaison des Tsiganes âgés de 18 ans et plus. Cependant, la répétition de ces ordonnances et la présence durable des Roms en Angleterre, en France et en Allemagne suggèrent que les menaces qu’elles contenaient étaient plus sévères dans leur formulation que dans leur application effective.
Henriette Asséo, op. cit.
Voir Thomas Fricke, Zigeuner im Zeitalter des Absolutismus : Bilanz einer einseitigen Überlieferung ; eine sozialgeschichtliche Untersuchung anhand südwestdeutscher Quellen. Pfaffenweiler, Centaurus-Verlag, 1996.
Cependant, la répétition de ces ordonnances et la présence durable des Roms en Angleterre, en France et en Allemagne suggèrent que les menaces qu’elles contenaient étaient plus sévères dans leur formulation que dans leur application effective.
Le rejet des Roms est-il uniforme et universel ?
Non, il a largement varié entre les pays. Le contraste entre les expériences des Roms en Allemagne et en Angleterre, par exemple, est particulièrement révélateur. Des stéréotypes dépréciatifs similaires circulaient dans les deux pays à propos des Tsiganes – notamment l’idée qu’ils ne possédaient pas les vertus attribuées aux populations sédentaires, telles que la constance, la ferveur ou l’obéissance –, mais, dans un cas, leur mode de vie fut criminalisé, tandis que dans l’autre il fut plus ou moins toléré. Cette divergence illustre la manière dont l’anti-tsiganisme se construit, au-delà des simples stéréotypes négatifs visant des « autres » à l’apparence jugée étrangère.
Dans ces deux pays, la façon dont les institutions publiques traitaient les personnes mobiles et parfois indigentes différait profondément. En Angleterre, où existait une législation universelle sur l’assistance aux pauvres et où chacun pouvait théoriquement bénéficier d’un secours, une famille tsigane dépendant des fonds publics était, durant une grande partie des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, considérée comme une famille malchanceuse parmi d’autres. Il n’existait pas de politique de répression systématique visant les Tsiganes, et le fait de vivre sur les routes n’a jamais fait l’objet d’une réglementation centralisée de l’État.
En Allemagne, en revanche, où l’accès à l’assistance sociale dépendait de la preuve d’un lien ancien avec un Heimat – et d’au moins trois années de paiement d’impôts locaux –, les Tsiganes étaient chassés de lieu en lieu. La police, exaspérée par la difficulté d’établir l’identité des vagabonds, finit par criminaliser leur mode de vie. Un service spécial de la police bavaroise fut même créé pour suivre les familles tsiganes, servant de modèle aux systèmes ultérieurs d’identification policière. Les vagabonds, les nomades et les personnes considérées comme paresseuses furent regroupés avec les familles roms et désignés non seulement comme un problème social, mais aussi comme un problème criminel.
Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne a été le théâtre de la persécution la plus violente jamais infligée aux Roms. L’anti-tsiganisme nazi constituait à la fois la prolongation et la transformation radicale des stéréotypes hostiles traditionnels. De manière schématique, ceux-ci découlaient du fait que les populations roms n’étaient pas des paysans et ne travaillaient pas selon les formes régulières et « lisibles » du travail de la terre. Leur mobilité – même si leurs circuits de déplacement étaient généralement limités et répétitifs d’une année sur l’autre – et leur relative indépendance les plaçaient en dehors de la société considérée comme normale.
En tant qu’oisifs sans patrie, « ils n’enfreignent pas occasionnellement les lois, mais vivent en dehors des lois. Être sans maître ne serait pas un état accidentel provoqué par des circonstances fortuites, mais le mode d’existence substantiel des Tsiganes ». Pour les nationaux-socialistes, ce n’était plus le mode de vie itinérant ou nomade qui posait problème, mais les « caractéristiques intrinsèques de la race ». Parler d’une « race rom » impliquait sans ambiguïté qu’il s’agissait d’un trait immuable. Dans les discours nazis, ces individus étaient réputés naître vagabonds, incapables de s’attacher à une communauté et réfractaires au travail.
Wolf D. Hund, « Das Zigeuner-Gen: Rassistische Ethik und der Geist des Kapitalismus », pp. 22-43 dans Wolf D. Hund (dir.) Zigeuner: Geschichte und Struktur einer rassistischen Konstruktion, Duisburg, Duisburger Institut für Sprach- und Sozialforschung, 1996, 153 p., pp. 22-43, cité par Scholz, pp. 123-124.
Décret du ministère de l’Intérieur du Reich allemand du 8 décembre 1938, cité par Henriette Asséo, « Une historiographie sous influence », in Catherine Coquio et Jean-Luc Poueyto (dir.), Roms, Tsiganes, Nomades : Un malentendu européen, Paris, Karthala, 2014, pp. 61-82, p. 75.
Il ne pouvait alors exister qu’une seule solution à la prétendue « question tsigane ». Déclarés « étrangers à la communauté nationale », près des deux tiers des Sintis et des Roms d’Allemagne furent stérilisés ou périrent entre 1933 et 1945, tout comme plus de 90 % des Roms d’Autriche. Mais la persécution s’étendit à l’ensemble du continent : déportations massives de « Tsiganes nomades » depuis la Roumanie, massacres dans toute l’Union soviétique occupée, ainsi que dans d’autres territoires tels que la Pologne et la Slovaquie, et même en France, où l’on procéda à des internements dans le sud du pays et à des déportations depuis le nord.
Ethnonyme des Roms installés en Allemagne et en Europe de l’Ouest depuis des siècles.
Voir Ritter, 1939, op. cit.

Au-delà de ces exemples récents d’irruption des discours anti-roms dans les débats politiques nationaux, il existe une longue histoire de construction xénophobe de l’altérité des populations tsiganes, ainsi qu’un puissant courant de pensée européen qui place les Tsiganes au bas de l’échelle de la civilisation. Le fait que le génocide des Roms n’ait pas été reconnu à l’issue de la Seconde Guerre mondiale par la justice internationale, ni par la justice allemande qui ne l’a fait qu’en 1965, ni par les autorités politiques – y compris celles de la Roumanie – n’est qu’un exemple parmi d’autres du mépris dans lequel « les Tsiganes » ont été tenus.
L’anti-tsiganisme est donc resté influent après le génocide des Roms et des Sintis ?
Oui, l’anti-tsiganisme a continué d’exister bien après la fin de l’Holocauste.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la nature raciale de la persécution des Roms fut longtemps niée, et les survivants se virent refuser toute indemnisation, toute réparation, voire toute reconnaissance de leurs souffrances. Pendant près de quarante ans, les tribunaux ouest-allemands répondirent systématiquement aux requérants roms qu’ils avaient été persécutés en raison de leur mode de vie et de leurs comportements supposés asociaux ou criminels, et que, bien que condamnable, ce traitement ne faisait que prolonger les politiques mises en œuvre sous la République de Weimar et l’Empire allemand.

Les hommes et les femmes qui avaient organisé leur persécution – et, dans de nombreux cas, leur stérilisation – furent appelés à témoigner comme experts dans ces procès pour le compte de l’État, et poursuivirent leurs carrières sans entrave après la fin de la dénazification. Cela a laissé chez les survivants un sentiment brûlant et inextinguible d’injustice, de honte et de colère, sentiments qui ont trouvé une expression particulièrement vive dans de nombreuses œuvres autobiographiques publiées par des auteurs roms et sintis depuis lors.
Anna Mettbacj et Josef Behringer, “‘Wer wird die nächste sein?’ Die Leidensgeschichte einer Sintezza, die Auschwitz überlebte. ‘Ich will doch nur Gerechtigkeit’ Wie den Sinti und Roma nach 1945 der Rechtsanspruch auf Entschädigung versagt wurde, Brandes & Apsel, Francfort, 1999.
Voir Ceija Stojka, Nous vivons cachés : Récits d’une Romni à travers le siècle, Plounéour-Ménez, Éditions Isabelle Sauvage, 2018, 296 p. ; Anna Lagréné Ferret et Lise Foisneau, Mémoires manouches : Les miettes oubliées de la Seconde Guerre Mondiale, Paris, Éditions Pétra, 2024, 150 p.
Les nazis ne furent pas les seuls à façonner les formes modernes des politiques anti-tsiganes. Dans les territoires d’Europe de l’Est passés sous contrôle communiste après 1947, les régimes développèrent une vision – fortement imprégnée de bolchevisme – de la minorité « non intégrée ». Peut-être en partie afin de justifier leur refus de reconnaître un statut et des droits de minorité, ils refusèrent de reconnaître les populations roms comme une « ethnie ». Selon eux, il n’existait plus de Roms à proprement parler, mais seulement les vestiges d’un mode de vie médiéval qui n’avait pas sa place dans le monde moderne.
Les individus qui n’avaient pas réussi à s’adapter et à moderniser leur existence, en raison des préjugés raciaux et des discriminations propres aux sociétés capitalistes, formaient désormais une population désignée comme « lumpenprolétarienne » qu’il convenait de sauver d’elle-même. En Pologne, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en République démocratique allemande, en Bulgarie et, dans une certaine mesure, en Yougoslavie – où les Roms constituaient dans chaque cas la plus grande ou l’une des plus importantes minorités –, des politiques d’assimilation forcée furent menées pendant près de trente ans.
Cette assimilation impliquait l’abandon de la langue romani, la fin des activités et professions itinérantes, la fin des mariages entre Roms et l’installation dans des quartiers séparés. La spécificité culturelle rom n’était pas reconnue : il n’existait pas d’enseignement de la langue et, dans certains pays, les associations culturelles, comme les groupes de danse, étaient interdites. Le mot même de « gitan » était tabou dans nombre de ces États, où il était considéré comme un vestige de l’époque capitaliste et raciste.
Sous le communisme, les anciens « Gitans » devaient devenir des membres à part entière de la classe ouvrière nationale. Ces politiques d’assimilation eurent des effets réels, notamment un taux de chômage quasi nul et une amélioration de nombreuses conditions matérielles fondamentales. Mais, simultanément, dans les villages comme dans les villes, chacun savait quelles familles avaient des « ancêtres gitans ». Il était simplement interdit de les désigner ainsi : on parlait à la place des « enfants assis au fond de la classe », des familles « bénéficiant de logements sociaux », ou des adultes occupant des « emplois temporaires ou non qualifiés et migrants ». Ce type d’expressions constituait un code poli et politiquement correct, une manière détournée de dire : « ce sont des Tsiganes ».
Et après la fin du bloc de l’Est ? L’anti-tsiganisme semble encore assez présent dans l’Europe actuelle…
En effet. Depuis au moins trente-cinq ans, depuis que la chute du Rideau de fer a entraîné une plus grande mobilité des populations roms à travers notre continent, l’Europe occidentale semble gagnée par un large spectre de sentiments et d’idées xénophobes, parfois ouvertement racistes, visant les populations roms.
En 1989, sous l’effet de la perestroïka soviétique (réforme du système) impulsée par le Premier ministre Mikhaïl Gorbatchev et de sa diffusion à l’ensemble de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie, l’ancien système économique s’effondra. Il apparut alors que presque aucun des secteurs dans lesquels les Tsiganes étaient employés n’était viable dans une économie de marché. Un chômage massif s’ensuivit et, par un concours de circonstances particulièrement malheureux, cette situation coïncida avec l’émergence d’un discours libéral valorisant la diversité ethnique.
L’anti-tsiganisme n’a certes pas été inventé en 1989 ni dans les années qui ont suivi, mais depuis cette date, slogans, campagnes et discours anti-roms ont atteint une nouvelle intensité en Europe occidentale – de l’Irlande au Royaume-Uni, en passant par la France, l’Espagne, l’Italie et au-delà – jamais observée depuis les années 1930.

Soudain, « la minorité » (a kisebbség en hongrois), « l’ethnicité » (az etnikum en hongrois), autrement dit les Tsiganes, semblait omniprésente. Des subventions furent accordées à des « festivals roms », des aides furent mises en place pour le « logement des Roms », et des programmes éducatifs spécifiques virent le jour. L’émergence d’une classe moyenne rom prospère et affirmée – composée d’hommes et de femmes se revendiquant ouvertement comme « entrepreneurs tsiganes » et pouvant être élus maires dans des localités à majorité rom – contribua à créer une situation explosive.
Il devint alors facile pour les responsables politiques populistes de jouer sur le ressentiment des populations majoritaires, elles-mêmes engagées dans une lutte quotidienne pour leur survie économique. L’adhésion à l’Union européenne ne fit qu’intensifier le sentiment selon lequel « la minorité dominait la majorité », car le discours politique hégémonique dans l’UE exigeait l’adoption d’un langage et de pratiques fondés sur la tolérance, la diversité et la démocratie libérale.
Les politiciens populistes exploitèrent notamment les peurs liées à la prétendue « criminalité tsigane », tout en dénonçant la perte de contrôle de l’espace public par la majorité. Bien entendu, ce qui était implicitement évoqué là était la perte du contrôle hiérarchique sur une minorité exclue que les régimes communistes avaient soigneusement maintenue sous tutelle par toute une série de mesures ségrégatives et discriminantes par lesquels la position marginalisée des Roms était reproduit. À plusieurs reprises, lorsque des politiques de ségrégation furent contestées – comme dans de nombreux villages hongrois ou dans des villes tchèques et slovaques –, de nouveaux moyens furent trouvés pour reproduire la ségrégation, par exemple par des systèmes de transport scolaire différenciés ou par l’utilisation de critères confessionnels pour l’accès aux établissements scolaires les plus prestigieux.
À certains moments, comme lors des élections législatives italiennes de 2008, ou encore durant l’été 2010 en France lorsque le président Sarkozy s’est personnellement impliqué dans la question des camps nomades dits illégaux, ou tout au long des années 2006-2009 en Hongrie lorsque des responsables politiques nationalistes se sont mobilisés autour de ce qu’ils présentaient comme une criminalité rom incontrôlée, les questions liées à la présence ou à la migration rom ont même occupé une place centrale dans les débats nationaux. Parfois, des responsables politiques de premier plan ont cherché à tirer un bénéfice politique direct de leur participation à ces discours.
Givoanni Picker, « Left Wing Progress? Neo-Nationalism and the Case of Romany Migrants in Italy », dans Michael Stewart (dir.), The Gypsy Menace, Populism and the New Anti-Gypsy Politics, Londres, C. Hurst and Co. 2012, pp. 81-94 ; Ilsen About, « Underclass Gypsies: An Historical Approach on Categorisation and Exclusion in France in the Nineteenth and Twentieth Centuries », ibid., pp. 95-114. Lidia Balogh, « Possible Responses to the Sweep of Right-Wing Forces and Anti-Gypsyism in Hungary », ibid., pp. 241-263.
Dans toute l’Europe, sans exception nationale, les populations roms sont confrontées à une multitude de pratiques ségrégatives. Les communautés semi-ghettoïsées du sud de Madrid ont leurs équivalents dans la plupart des villes d’Europe orientale. À cela s’ajoutent des expulsions massives, des déportations financées depuis l’Allemagne vers l’ex-Yougoslavie, des émeutes rappelant les pogroms en Roumanie – habitations incendiées, habitants expulsés… –, une ségrégation systématique dans les établissements scolaires, ainsi qu’une multitude de discriminations plus quotidiennes partout en Europe. Ces discours abusifs s’inscrivent dans la continuité logique d’attitudes et de pratiques anti-roms qui remontent à plusieurs siècles.
L’histoire des Roms, est-ce uniquement l’histoire d’une minorité rejetée et réprimée ?
Non, il serait erroné de décrire l’histoire des Roms en Europe uniquement en termes de discrimination, de racisme et d’exclusion. Pour de nombreuses raisons, il est devenu courant de parler de l’anti-tsiganisme comme d’un état d’hostilité quasi universel et constant envers la minorité rom. Mais si cette continuité existe bel et bien, elle ne dit pas tout : l’histoire des Roms n’a pas consisté en une persécution ininterrompue de la part des États et des populations majoritaires.
Pour un exemple récent, voir Lesia Pahulich, op. cit. De manière plus générale, cette revue encourage l’adoption généralisée d’un discours nord-américain sur la « négritude » et la race dans le débat sur l’histoire des Roms, ce que d’autres chercheurs peuvent considérer comme une simplification et une homogénéisation inutiles. Voir également Margaretha Matache, op. cit.

Mais, dans le même temps, il ne faut pas oublier que si, aujourd’hui, les locuteurs roms constituent une composante organique de toutes les sociétés européennes – de véritables Européens – c’est parce qu’ils ont fait de ces pays leur foyer, se sont installés durablement dans les différents États qui composent notre continent. Or, le fait d’être là-bas chez eux implique nécessairement l’existence de formes fortes d’intégration et de reconnaissance, des réalités que nous semblons parfois oublier à la lumière d’épisodes plus récents et plus spectaculaires de violences excluantes.
Pour la France, de nombreux textes d’Henriette Asséo témoignent de ces processus. Pour l’Allemagne, voir Thomas Fricke, Zigeuner im Zeitalter des Absolutismus: Bilanz einer einseitigen Überlieferung; eine sozialgeschichtliche Untersuchung anhand südwestdeutscher Quellen, Pfaffenweiler, Cantaurus, 1996, 629 p. Pour un exemple de texte qui se concentre uniquement sur les exclusions, voir Roswitha Scholz, Homo Sacer…, op. cit.
Pour prendre un exemple, si les musiciens roms étaient considérés comme les musiciens « nationaux » de la Hongrie dans les années qui ont suivi le soulèvement de 1848 – et s’ils remplissaient les cafés et les bars des villes hongroises de leurs interprétations singulières des airs folkloriques traditionnels et des schlager (chansons populaires) urbains –, c’était en raison de leur rôle emblématique comme tambours et musiciens de l’armée héroïque hongroise durant la guerre insurrectionnelle consécutive au soulèvement anti-Habsbourg de 1848.
De manière plus quotidienne et plus prosaïque, les commerçants roms itinérants en France, en Grande-Bretagne ou dans les principautés allemandes apportaient de petits articles de luxe – comme des oranges – dans les villages sombres et isolés du XVIIIᵉ siècle. Et si des musiciens et des artistes issus de milieux modestes pouvaient accéder au statut de vedettes dans les cours européennes, les artistes et interprètes roms jouissaient eux aussi d’un prestige certain au sein des classes populaires.
Aujourd’hui, en Andalousie, une ville comme Jerez de la Frontera construit efficacement son identité culturelle autour de chanteurs gitans de renommée mondiale, mis à l’honneur lors d’un festival annuel qui a fait de la ville un haut lieu du flamenco espagnol. Le flamenco attire le tourisme et, avec lui, des ressources économiques et une vitalité sociale dont cette ville aurait autrement du mal à bénéficier. Mais il apporte bien davantage encore : reconnaissance culturelle et prestige, non seulement pour la population rom locale, mais pour l’ensemble des habitants.
De même, en Europe de l’Est, s’il existe des villages où les enfants roms se voient refuser l’accès à une éducation de qualité comparable à celle de la majorité, et des communautés privées des soutiens publics accordés à leurs voisins, il en existe d’autres où la contribution de la nouvelle classe moyenne rom à la vie publique locale a rendu, de fait, l’implantation des partis populistes difficile, voire impossible. À l’inverse, là où l’isolement géographique, le manque d’investissements publics dans les infrastructures et le déclin économique durable fragilisent les structures de la vie quotidienne, les mouvements populistes trouvent un terrain particulièrement favorable à leur implantation.
Tout cela est révélateur d’un fait qui relève de l’évidence : ce n’est pas la présence des Roms en elle-même qui a engendré l’antitsiganisme sous ses différentes formes au cours des cinq derniers siècles. Celui-ci résulte avant tout des politiques de représentation culturelle qui façonnent les discours entourant cette présence. Or, comme toute politique, ces représentations impliquent des choix.
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Pour citer cet article
Alban Wilfert, « Antitsiganisme : mosaïque de peuples, mosaïque d’hostilités. Entretien avec Michael Stewart », Revue Alarmer, mis en ligne le 29 avril 2026, https://revue.alarmer.org/antitsiganisme-mosaique-de-peuples-mosaique-dhostilites-entretien-avec-michael-stewart/