17.03.26 Nouvelle histoire de l’extrême droite : France 1780-2025, un ouvrage sous la direction de Baptiste Roger-Lacan

Derrière un retour en force électoral assez récent dans la plupart des démocraties libérales, l’extrême droite a pourtant une longue histoire derrière elle. Par-delà la thématique du rejet de l’immigration, aujourd’hui au centre de ses programmes, cette famille politique trouve ses origines dans l’opposition à la philosophie des Lumières et à la Révolution française et a revêtu, en deux siècles et demi, bien des visages différents. La Nouvelle histoire de l’extrême droite : France 1780-2025 écrite sous la direction de Baptiste Roger-Lacan en offre une synthèse.

Baptiste Roger-Lacan (dir.), Nouvelle histoire de l’extrême droite : France 1780-2025, Paris, Seuil, 2025, 384 p.

Appréhender l’extrême droite sur le long terme

Ces dernières années ont vu la publication d’un certain nombre d’ouvrages éclairant le phénomène d’extrême droite, dont L’extrême droite, nouvelle génération des journalistes Marylou Magal et Nicolas Massol sur la génération des identitaires ou encore une étude du sociologue Félicien Faury sur le vote Rassemblement national (RN).

Marylou Magal et Nicolas Massol, L’extrême droite, nouvelle génération. Enquête au cœur de la jeunesse identitaire, Editions Denoël, 2024.

Félicien Faury, Des électeurs ordinaires : Enquête sur la normalisation de l’extrême droite, Seuil, 2024.

C’est dans ce contexte qu’est récemment parue la Nouvelle histoire de l’extrême droite : France 1780-2025. Cette somme dresse une histoire d’ensemble de cette famille politique, découpée en quatorze chapitres chronologiques et thématiques, regroupés en six grandes parties.

Très souvent appréhendée par le biais de mouvements spécifiques ou de périodes bien particulières, l’extrême droite est rarement étudiée dans la longue durée, de sa genèse contre-révolutionnaire à ses recompositions contemporaines. Par son titre, cette Nouvelle histoire de l’extrême droite se place dans le sillon de l’Histoire de l’extrême droite en France sous la direction de Michel Winock, datant de 1993.

Outre un contexte politique et médiatique bien différent, cet ouvrage témoigne des importantes avancées de l’historiographie depuis une trentaine d’années. Baptiste Roger-Lacan a d’ailleurs choisi de s’entourer de jeunes historiens mais aussi de sociologues et de politologues.

Extrême droite et extrêmes droites

Dès l’introduction, Baptiste Roger-Lacan s’attelle à la principale difficulté qui entoure l’analyse de l’extrême droite : la définition du sujet d’étude. Quels traits distinctifs choisir pour qualifier un phénomène politique qui a pris, au cours de sa longue histoire, de multiples visages ? Pour l’historien spécialiste de la contre-révolution, l’opposition à la Révolution française et à ses principes est centrale. Pour les contre-révolutionnaires, l’égalité individuelle est un mythe, auquel ils opposent une inégalité inaltérable d’ordre naturel, culturel ou encore divin suivant les différents courants. L’organicisme est une caractéristique importante. Le sentiment d’être la voix de la majorité opprimée opposée à une minorité agissante est diffus, expliquant le registre victimaire souvent déployé qui justifie bien souvent le recours à la violence. Enfin, le temps occupe une place centrale, visible avec une mise en scène de la mémoire et de l’héritage, sans empêcher l’élaboration d’une modernité alternative.

Cette définition est assez souple pour permettre de penser ce courant politique au pluriel, ce qui se voit à la lecture des différents chapitres. Ainsi, Arthur Hérisson (chapitre 4) montre bien la différence entre deux courants trop souvent confondus, le légitimisme et le catholicisme intransigeant du XIXe siècle. Si, dans les deux cas, l’Église est centrale, la question du régime n’est que secondaire pour ces derniers, le pape étant supérieur à l’État, contrairement aux premiers qui se distinguent par leur gallicanisme.

Dans un chapitre consacré à la  « Jeunesse et contre-cultures, des skinheads aux influenceurs » (chapitre 13), Emmanuel Casajus distingue le courant nationaliste-révolutionnaire, qui se positionne pour une alliance avec les pays musulmans en opposition au sionisme et à « l’américanisme ‘yankee’ » (p. 257), du courant identitaire islamophobe. L’analyse de ce dernier est développée par Marion Vaillant-Jacquet (chapitre 14). L’enracinement promu va de pair avec une réhabilitation des identités à la fois locales, régionales, nationales et civilisationnelle, face à la menace sécuritaire et culturelle que ferait planer l’immigration extra-européenne. Loin de constituer une rupture doctrinale, ce positionnement s’inscrit dans l’héritage de la Nouvelle Droite, qui substitua au racisme biologique un différentialisme culturel formulé en « droit à la différence ».

La continuité contre-révolutionnaire

Tout au long de cette longue histoire, la pensée et la culture contre-révolutionnaire sont présentées comme les principales continuités et ce, bien au-delà du XIXe siècle. Selon Laurent Jeanpierre (postface), c’est là le socle, stable, sur lequel la culture politique d’extrême droite aurait intégré et superposé des sous-cultures successives, parfois contradictoires.

Clément Weiss (chapitre 1) fait remonter aux années 1750 les origines intellectuelles de cette contre-révolution, à travers les réseaux opposés aux philosophes des Lumières, à l’abstraction des droits de l’Homme ou encore au culte de la raison, mais aussi aux nouveaux titres de noblesse donnés par la monarchie absolue à des roturiers enrichis. L’ancienne noblesse d’épée se vit ainsi en état de siège permanent, repliée sur ce qui la distingue de la roture et des anoblis de robe, c’est-à-dire l’antériorité des privilèges et l’exclusivité de la vocation militaire. Ces contre-révolutionnaires se retrouvent également dans le groupe dit des « noirs » dans la première Assemblée constituante. Constitué principalement de nobles et de clercs, ils sont tournés vers le passé, un passé antérieur à l’absolutisme. Eux rêvent d’une monarchie tempérée, limitée, aimée du peuple et respectueuse des libertés nobiliaires.

Ce rejet de la Révolution française irrigue également le catholicisme intransigeant selon Arthur Hérisson (chapitre 4), pour qui elle est synonyme de laïcisation et de sécularisation à combattre. De même, Baptiste Roger-Lacan (chapitre 5) démontre que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, la fin du XIXe siècle ne signe pas la disparition de cette tradition contre-révolutionnaire. Celle-ci a continué à irriguer les imaginaires et discours des droites, tout en s’hybridant avec de nouveaux référents, notamment l’antisémitisme.

À l’heure du régime de Vichy, ces références contre-révolutionnaires partagées sont le ciment de la convergence entre droite et extrême droite selon Baptiste Roger-Lacan et Anne-Sophie Anglaret (chapitre 9). D’ailleurs, la Révolution nationale ne cesse de vouloir effacer toute trace de l’héritage de 1789, notamment par le biais des programmes d’histoire stigmatisant l’œuvre jugée néfaste de la Révolution française. L’Épuration met encore une fois en lumière cette contre-culture partagée, Brasillach se comparant avec une victime de la Terreur, André Chénier.

Une modernité d’extrême droite

Cette prégnance contre-révolutionnaire va de pair avec un poids important de l’histoire et du passé. Comme l’a montré Andoni Artola (chapitre 2), la nostalgie pèse lourd dans l’imaginaire des mouvances contre-révolutionnaires et a été utilisée pour diffuser un récit alternatif à celui issu de la Révolution française.

Pourtant, l’extrême droite a su composer avec la modernité politique. Malgré son élitisme revendiqué, cette famille politique s’est très tôt souciée des masses qui ont fait irruption avec fracas dans l’histoire politique avec 1789. Dans un chapitre intitulé « Modernités du légitimisme (1830-1883) » (chapitre 3), Alexandre Dupont montre que les royalistes du XIXe siècle, malgré leur opposition au libéralisme politique, ont réfléchi à des problématiques telles que la question sociale liée à l’industrialisation alors triomphante. Si beaucoup s’opposaient au suffrage universel, tout un courant légitimiste l’appelait de ses vœux. Certains légitimistes auraient même, de façon officieuse, participé à la campagne des banquets de 1848. De même, les catholiques intransigeants du XIXe siècle se sont employés à christianiser la société par le bas, multipliant les discours présentant le peuple comme plus pieux que les élites corrompues. Comme l’écrit Arthur Hérisson (chapitre 4), « Tout en rejetant la modernité libérale, ils s’approprient certains moyens d’action modernes pour les mettre au service de l’Eglise » (p. 84). L’intransigeance est même qualifiée de « vecteur paradoxal de modernisation, notamment en facilitant son entrée dans l’ère des masses » (p. 89).

Afin de contourner l’interdiction de se réunir, des banquets sont organisés en 1847-1848 pour demander des réformes, notamment électorales.

Bien souvent, et là encore dès la Révolution française, les tenants de l’Ancien Régime s’inspirèrent de leurs adversaires pour toucher la population. Les journaux contre-révolutionnaires employèrent ainsi l’humour scatologique, la calomnie voire les attaques ad hominem (chapitre 1). Plus récemment, dans les années 1960, des groupes néofascistes tels qu’Occident ou encore le Groupe Union Défense (GUD) s’approprièrent la musique rock (chapitre 13), malgré leur traditionnelle détestation de ce style musical. Plus récemment encore, les Identitaires se sont illustrés par des actions très médiatiques, copiant les méthodes de Sea Sheperd et de Greenpeace selon Marion Vaillant-Jacquet (chapitre 14).

Des cultures politiques spécifiques

Davantage que des idéologies, l’ouvrage contribue à mettre en lumière des cultures politiques spécifiques. C’est le cas par exemple du peuple légitimiste au XIXe siècle (chapitre 3), qui se différencie par des pratiques telles que le fait de s’habiller en vert et blanc, ou encore par la commémoration de la Saint Henri le 15 juillet ou encore la naissance du comte de Chambord le 29 septembre. En plus de ces martyrologes, la mémoire des défaites jugées glorieuses prend une place conséquente. Chez les contre-révolutionnaires étudiés par Clément Weiss (chapitre 1), la guerre de Vendée a ainsi légué toute une collection de martyrs mais aussi, avec l’expédition de Quiberon de juillet 1795, la mémoire d’une « défaite victorieuse » (p. 36). Plus récemment, dans une perspective dite « métapolitique », se revendiquant d’un « gramscisme de droite », les Identitaires cherchent à diffuser massivement une contre-culture. Pour ce faire, ils investissent aussi bien l’esthétique avec des marques de vêtements, que des références culturelles – parfois détournées – telles que le film 300 ou encore Le Seigneur des Anneaux, ou encore avec la « culture du mème » sur Internet (chapitre 13).

Entre radicalité et notabilisation

Ce dernier exemple met en lumière une ambivalence qui traverse l’ensemble des chapitres. Depuis sa naissance, l’extrême droite a oscillé entre velléités d’institutionnalisation afin de pouvoir gouverner et radicalité refusant de transiger. En arrière-plan se dessine la question du recours à la violence. Selon Alexandre Dupont (chapitre 3), la « prise d’armes est demeurée une option envisagée par une partie du courant légitimiste » (p. 69), jusqu’à quelques mois avant la mort du comte de Chambord en 1883. C’est une ligne de fracture qui parcourt alors toute la contre-révolution en Europe. L’auteur rappelle d’ailleurs que, au moment de forger le terme d’extrême droite au milieu de la décennie 1870, Paul Thureau-Dangin pensait surtout aux « chevaux légers », ces légitimistes opposés à toute concession. On retrouve cette dialectique dans le cas de l’« impossible professionnalisation du Front national » étudiée par Baptiste Roger-Lacan (chapitre 11). Si l’union des droites passait pour Jean-Marie Le Pen par la professionnalisation et la « dédiabolisation » (terme d’extrême droite qu’il aurait été plus opportun de placer entre guillemets dans cet ouvrage), la radicalité a pourtant permis à celui-ci de s’imposer dans son propre camp, au prix d’une marginalisation jusqu’au début des années 2000. Dans cette optique, l’affaire du « détail de l’histoire » est bien un acte délibéré pour conforter cette image, non une erreur de communication. Depuis son accession à la tête du FN en 2011, Marine Le Pen a imposé à ses troupes une certaine « discrétion » (p. 231), comme en témoigne l’exclusion d’Alexandre Gabriac, coupable d’avoir été photographié en train de faire le salut nazi. Cela ne l’a pas empêché de s’entourer de personnes issues du GUD, à l’instar de Philippe Péninque ou de Frédéric Chatillon.    

Voir notamment Alexandre Dézé, « La ‘dédiabolisation’. Une nouvelle stratégie ? », in CRÉPON Sylvain, DÉZÉ Alexandre et MAYER Nonna, Les faux-semblants du Front national, Paris, Presses de Sciences Po. pp. 25-50.

Nationalisme et tentations de l’étranger

À la lecture de l’ouvrage, le lecteur est frappé par tous les moments durant lesquels l’extrême droite a choisi, malgré son nationalisme professé, de s’allier avec des pays ennemis de la France, au risque de la guerre civile. Là encore, il faut repartir de l’époque révolutionnaire (chapitre 1). Alors que la France révolutionnaire entre en guerre contre l’Autriche en avril 1792, les contre-révolutionnaires font face à un dilemme, entre la fidélité due au roi demeuré à Paris et « l’envie de combattre dans les rangs des armées coalisées » (p. 29), sans pour autant passer pour des traîtres. Autour du prince de Condé se forme une troupe composée d’émigrés qui, après l’échec de la campagne de 1792, loue ses services auprès des puissances étrangères jusqu’en 1801. Clément Weiss écrit même que, « dans son avatar militaire, l’extrême droite s’est construite comme le parti de l’étranger et des antipatriotes » (p. 30). Plus qu’une armée, les communautés émigrées de Londres ou encore de Coblence ont un gouvernement, une sociabilité ainsi qu’une presse, qui « alimentent une alternative contre-révolutionnaire pour l’Europe » (p. 41) (chapitre 2). Andoni Artola parle ainsi d’un double rayonnement de la France, à travers le projet révolutionnaire et napoléonien avec l’héritage des Lumières d’une part, mais aussi à travers les idées contre-révolutionnaires de Bonald, Maistre ou encore Barruel d’autre part.

Cette question de prendre le parti de l’étranger s’est évidemment posée face aux « Tentations fasciste et nazi » étudiées par Christophe Poupault (chapitre 8). Les voyageurs français d’extrême droite visitent, fascinés, ces pays synonymes pour eux de dynamisme et d’énergie, contrairement à la France républicaine honnie. L’Italie bénéficie d’un grand prestige, au moins jusqu’en 1936. Afin de les attirer et apparaître comme une « nation-guide dans le nouvel ordre européen qu’elle imagine » (p. 146), elle promet notamment des subsides à ceux ayant traversé les Alpes. Après 1936, le discours de plus en plus belliqueux de l’Italie fasciste ainsi que son rapprochement avec Hitler détournent en partie l’intérêt vers les expériences franquiste et salazariste. Nombreux sont les journaux d’extrême droite, comme Je suis partout, à publier ces « récits de voyage dans les dictatures » (p. 156). Si ces voyages ne sont pas le signe d’une internationale en gestation, les héritages étant trop divers et les ambitions divergentes, ni l’occasion d’une conversion systématique, ils contribuent à renforcer des positions, des fidélités et, in fine, à la radicalisation.

Cette circulation internationale se retrouve également après 1945 (chapitre 10). Si les dictatures espagnole et portugaise ont toujours les faveurs d’un grand nombre de militants, les « circulations militantes, idéologiques et politiques » (p.208) se font également en direction de la Suisse, de l’Italie ou encore de la Belgique. Elles se font plus intenses après le combat pour l’Algérie française, qualifié par Pauline Picco d’« “événement inaugural“ » (p. 208), incarnation d’un « combat mythique d’un Occident victime supposée des révolutions dites “de couleur” » (p. 208).

La question de la relation avec l’étranger se pose actuellement, à l’échelle de la construction européenne (chapitre 12). Le positionnement du Front national, devenu Rassemblement national, a été fluctuant et ambigu tout au long de son histoire. Ainsi, à ses débuts, le parti à la flamme soutenait le processus d’intégration européenne, vu comme un rempart face à l’URSS. Avec la fin de la guerre froide et l’approfondissement de la construction européenne devenue Union européenne, le soutien s’est mué en rejet des institutions européennes, au nom de la défense de la souveraineté nationale. Cela ne l’empêche pas de participer aux élections européennes, souvent avec succès. Le parti en retire à la fois une crédibilité grâce à ses élus, un accès à des financements européens ou encore la possibilité de tisser des liens avec d’autres groupes européens d’extrême droite, dans l’espoir de peser sur l’avenir du continent.

Une extrême droite au féminin

En plus de penser l’extrême droite à différentes échelles, le livre propose d’investir le champ fécond des études de genre. Pendant longtemps, les femmes ayant milité à l’extrême droite ont été un « impensé de l’historiographie » (p. 109). Alexandre Dupont (chapitre 3) dévoile un légitimisme féminin, d’où ressort notamment la figure de la duchesse du Berry. Plus largement, les femmes ont joué un rôle central dans la transmission intergénérationnelle de la vision contre-révolutionnaire du monde. On les retrouve également dans l’animation de bals ou encore de collectes pour la cause. Tout un chapitre est consacré aux « militantes nationalistes et féministes sous la IIIe République » par Camille Cléret (chapitre 6). S’il y a une tradition d’engagement des femmes dans les combats contre-révolutionnaires dès 1789, leur présence s’affirme à l’occasion de l’Affaire Dreyfus. Elles se retrouvent en nombre au sein de l’Action française, dans des comités royalistes féminins, placés sous la houlette de la marquise de Mac-Mahon. Bien que présentes dans les manifestations, notamment durant l’entre-deux guerres, elles demeurent souvent cantonnées à des tâches vues comme un prolongement de la sphère domestique, bien peu gratifiantes. Le chapitre se clôt par une réflexion qui fait écho aux débats actuels autour du collectif Némésis : peut-on qualifier ces femmes de féministes, au vu de leur transgression des codes dits traditionnels du militantisme féminin ? Il s’agit moins d’un projet d’émancipation collective visant l’égalité des sexes que d’affirmations individuelles inscrites dans un cadre idéologique fondamentalement inégalitaire.

Conclusion

Alors que l’extrême droite fait l’objet d’un intérêt médiatique et politique sans cesse croissant, cet ouvrage constitue une contribution utile face aux approximations et mensonges proférés. Ainsi, l’archéologie de l’expression d’« Anti-France » étudiée par Valeria Galimi (chapitre 7) et ses usages antisémites mais aussi anti-maçonniques et anticommunistes, voire actuellement anti-insoumis, est particulièrement bienvenue dans ce contexte. De plus, Anne Sophie Anglaret et Baptiste Roger-Lacan (chapitre 9) rappellent de manière sourcée que le régime de Vichy a été un régime essentiellement composé de personnes issues de la droite et de l’extrême droite. Contrairement à ce qu’a pu écrire Simon Epstein dans Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, les personnes de gauche n’y ont été que très minoritaires. René Belin représentait par exemple un courant minoritaire, anticommuniste et opposé au réarmement.

Enfin, si l’ouvrage apporte des éclairages novateurs sur cette histoire de l’extrême droite, il pèche parfois par une tendance à mettre en avant des nouveautés historiographiques qui n’en sont pas forcément. Il n’est pas totalement juste de dire, à l’instar de Laurent Jeanpierre, que l’extrême droite aurait souffert d’une « indétermination historiographique » (p. 283), absorbée par la typologie de René Rémond (postface). L’extrême droite est plutôt un objet traversé par une pluralité de définitions concurrentes. Cet ouvrage contribue à stabiliser une définition opératoire de l’extrême droite mise en avant par Baptiste Roger-Lacan en introduction, une définition qui ressemble par bien des aspects à celle forgée par Nicolas Lebourg dans sa thèse datée de 2005.

Voir à ce sujet Olivier Dard, « Approche nationale et transnationale de l’histoire des extrêmes droites : historiographie et questions de méthode », in Parlement[s], Revue d’histoire politique, 2026/1 n° 43, pp. 35-53.

Pour citer cet article

Jonathan Preda, « Nouvelle histoire de l’extrême droite : France 1780-2025, un ouvrage sous la direction de Baptiste Roger-Lacan », Revue Alarmer, mis en ligne le 17 mars 2026, https://revue.alarmer.org/nouvelle-histoire-de-lextreme-droite-france-1780-2025-baptiste-roger-lacan/

retour
enregistrer (pdf)

Pour aller plus loin